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Didier Dubrui, éleveur et homme de cheval au DD Ranch Work

Eleveur Ranch
Didier Dubrui, éleveur et homme de cheval au DD Ranch Work

Installé au centre de la Bretagne, Didier Dubrui est propriétaire du DD Ranch Work, où se côtoient élevage de bovins Hereford, pension, débourrage et entraînement des chevaux, travail du bétail et formation à la conduite de troupeau à cheval.

Son parcours équestre a pourtant commencé sur le tard. Une première expérience de rassemblement à cheval, puis trois années passées dans différents ranchs en Arizona ont profondément façonné sa manière de travailler et sa vision du cheval.

Pour EWF, Didier revient sur cette expérience américaine, la naissance du DD Ranch Work et ce qu’il recherche aujourd’hui dans une équitation fonctionnelle, où le cheval est avant tout un véritable partenaire de travail.


I. « Pour moi, il est devenu évident que c’était ma vocation »

Je m’appelle Didier Dubrui et je suis propriétaire d’un ranch au centre de la Bretagne.

Nous y avons plusieurs activités. La première est l’élevage de bovins de race Hereford. Ensuite, nous nous occupons des chevaux, que ce soit en pension, en entraînement, pour les débourrages, l’éducation ou encore la formation à la conduite de troupeau à cheval.

J’ai appris à monter à cheval sur le tard, grâce à un ami qui faisait de l’importation de Criollos.

Un jour, il m’a demandé de l’aider à rassembler un troupeau d’ânes à cheval. La collaboration qui s’est alors établie entre moi et mon partenaire équin a déclenché ma passion.

Pour moi, il est devenu évident que c’était ma vocation.

Ce partenariat avec le cheval dans le travail me paraissait beaucoup plus intéressant qu’une équitation uniquement tournée vers le loisir.


II. Trois années en Arizona : « Tout était dur »

Mon expérience aux États-Unis en tant que cow-boy a d’abord été très forte humainement.

Ça a été très compliqué pour moi parce que je suis parti aux États-Unis dans de très mauvaises conditions psychologiques, étant en instance de divorce.

Ça a été une déconstruction personnelle avant une reconstruction.

C’était très difficile. Tout était dur. Le paysage était dur, les conditions de travail étaient dures, le climat était dur… J’étais dans différents ranchs en Arizona, donc tout a été compliqué.

Loin des caricatures à la Yellowstone ! 😅

Mon entraîneur de l’époque m’avait prévenu. Il m’avait dit :

« Si ça ne va pas, dans quinze jours tu es de retour… ou tu ne voudras plus rentrer. »

Il avait amplement raison.

Après quinze jours, je ne voulais plus rentrer !

Dans des conditions comme celles-là, on se retrouve face à soi-même. Et une fois la reconstruction faite, j’y ai finalement passé trois ans.


III. Le cheval comme partenaire de travail

D’un point de vue équestre, là-bas, notre cheval est notre partenaire de tous les jours. C’est notre collaborateur. Il fait partie intégrante de notre quotidien.

Notre relation est dictée par un certain pragmatisme à l’américaine : tout doit fonctionner.

Par exemple, on ne court pas trois heures après son cheval pour réussir à le prendre au paddock le matin.

C’est une question de pragmatisme. On apprend à faire en sorte que tout fonctionne, que le cheval soit disponible et qu’il ait du respect.

Là-bas, toutes ces choses sont reliées à la vraie vie.

Rien à voir avec un parcours de ranch trail : sur un concours, tu te loupes à la porte, tu perds cinq points. Là-bas, tu perds dix vaches ! 😅

C’est probablement aussi ce qui me définit le mieux comme cavalier, horseman ou stockman : ma capacité à jauger, que ce soit les vaches ou les chevaux.

J’essaie d’amener cette analyse, cette sensibilité qui permet de savoir quel outil je vais utiliser pour faire un cheval ou pour faire bouger une vache.

Si je devais résumer cette expérience en trois mots :

Arizona. Rude. Passion.


IV. Recréer en Bretagne ce que j’avais vécu aux États-Unis

Le DD Ranch Work est né d’une volonté de recréer en France ce que j’avais vécu aux États-Unis.

C’était un peu tout ça à la fois : retrouver un univers que j’avais quitté et faire partager cette passion, que ce soit à travers le travail des chevaux, le travail du bétail ou l’élevage.

L’identité du DD Ranch Work, c’est avant tout l’alliance entre passion et professionnalisme.

Une journée type commence par le nourrissage des chevaux, puis l’entraînement et les débourrages.

Ensuite, les activités sont très variées : clôtures, maintenance, surveillance des vaches… auxquelles s’ajoutent les travaux liés aux saisons, comme les foins, les vêlages, le débroussaillage ou encore la vente directe.

On ne s’ennuie jamais !

Au DD Ranch Work, on peut avoir son cheval en pension ou en pension travail, faire de l’entraînement, du coaching, participer à des stages, travailler le bétail, faire débourrer un cheval ou encore participer à des concours de VRH.

Nous proposons également de la vente directe de notre viande.


V. « Des personnes comme ça, ce sont des légendes »

Le travail du bétail reste évidemment très présent dans ce que nous faisons.

L’année dernière, nous avons notamment organisé un stage avec Pat Pucket, un cow-boy spécialiste du roping et buckaroo.

C’était extraordinaire.

C’est quelqu’un de passionné. Il a 74 ans, mais c’est une personne qui transmet du matin au soir !

Il possède une authenticité rare.

Des personnes comme ça, ce sont des légendes. Il faut en profiter tant qu’elles sont là.

Nous avons eu la chance de l’accueillir au ranch et c’était extraordinaire.

Concernant les projets du DD Ranch Work, le principal est aujourd’hui la construction d’un manège couvert, afin d’améliorer nos conditions de travail ainsi que celles de nos clients.


VI. Ranch Work : remettre les mots dans leur contexte

Pour expliquer simplement ce qu’est le Ranch Work, il faut déjà décomposer les deux mots.

Le premier, c’est « Ranch ». Qui dit ranch dit animaux : chevaux, bétail, vaches ou autres.

Le deuxième mot, « Work », veut dire travail.

Dans ce cas, on parle donc du travail des animaux à cheval.

La différence entre l’équitation de loisir, l’équitation de compétition et l’équitation de travail se situe essentiellement, pour moi, dans les objectifs que l’on donne au cheval.

Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, je trouve que l’équitation de loisir et l’équitation de travail sont finalement assez proches, alors que l’équitation western de compétition constitue vraiment un monde à part.

Je m’explique.

Les exigences concernant l’équitation de loisir et celle de travail sont proches : un cheval disponible, respectueux, de qualité dans ses manœuvres sans devoir nécessairement être exceptionnel, avec un mental froid.

Bref, un cheval sécuritaire et polyvalent.

Pour les chevaux de compétition, on recherchera davantage les qualités propres à chaque discipline. Et ces qualités peuvent être très différentes, voire parfois opposées.


VII. Le cheval de ranch : mental, disponibilité et polyvalence

Pour le travail de ranch, les qualités que je recherche en priorité sont le cow sense, un mental froid et la disponibilité au travail.

Si possible, je recherche également un cheval porteur, avec de l’os, afin de pouvoir roper si nécessaire.

Du côté du cavalier, il faut avant tout avoir des qualités humaines, aimer le travail en équipe, avoir le sens des responsabilités et savoir lire correctement le bétail.

Ce que le travail du bétail apporte au cheval ?

La question est amusante parce qu’en réalité, la réponse est déjà dedans.

Ça apporte du mental, un équilibre et surtout un sens au travail préparatoire réalisé sur le plat.

La technique travaillée prend son sens une fois dans les vaches.


VIII. « Une fois dans les vaches, la technique prend son sens »

Parmi les erreurs que je vois fréquemment chez les cavaliers qui débutent dans le travail du bétail, il y a d’abord la précipitation.

Il y a également une utilisation des aides à cheval qui devient souvent trop agressive une fois dans les vaches.

Les cavaliers débutants ont aussi une grande tendance à travailler en pression, donc toujours dans le mouvement vers l’avant, et beaucoup moins en dépression, dans le retrait.

Pourtant, tout type de cheval peut être utilisé pour le Ranch Work.

Pour moi, la qualité réellement indispensable est d’avoir un cheval capable de tenir l’arrêt en toutes circonstances : malgré la grégarité, la pression du troupeau ou encore le relief.

La construction d’un cheval de ranch commence par la mise en place du respect et du relationnel au sol.

Ensuite viennent le respect et le relationnel en selle, la désensibilisation, la sensibilisation, puis la technique.

Le tout doit être construit en maintenant un équilibre entre le mental, la technique et le physique.

Et tout ce travail doit évidemment se faire avec patience et bienveillance.


IX. Une équitation plus autonome et plus fonctionnelle

Je ne pense pas que l’équitation western soit plus difficile ou plus facile que l’équitation classique.

Mais elle est certainement plus intuitive.

Elle est davantage, selon moi, dans le respect du cheval et dans son autonomie. On va rechercher un cheval autonome et non un cheval constamment soutenu dans les aides.

L’équitation western, dans son ensemble, évolue finalement assez peu.

En revanche, il y a indéniablement aujourd’hui un engouement pour le travail de ranch, le travail du bétail et une équitation plus fonctionnelle.

La série Yellowstone y est, à mon avis, pour quelque chose.

Il faudra voir dans l’avenir si cette progression se maintient.

À notre niveau, nous avons également relancé les compétitions de VRH afin d’allier travail de ranch et compétition.


X. Faire mieux connaître le western

Selon moi, ce qui manque encore au développement de l’équitation western en France, c’est une meilleure connaissance de la part du public.

Il faut aussi réussir à mettre fin à certains vieux clichés : les selles lourdes, les mots difficiles, etc.

Et s’il y avait un message que je devais faire passer, ce serait celui-ci :

Vous appartenez à une communauté, et il ne suffit pas de porter des bottes et un chapeau pour en faire partie.

Le travail de ranch est un héritage dont il faut être fier.

Et surtout, continuez à apprendre.

Évitez les « toujours » et les « jamais ».


Un grand merci à Didier Dubrui d’avoir pris le temps de partager avec EWF son parcours, ses trois années passées dans des ranchs en Arizona, la naissance du DD Ranch Work et sa vision du travail du cheval et du bétail.

Son témoignage permet aussi d’entrer dans le quotidien d’une équitation pensée autour de la disponibilité du cheval, de son autonomie, du travail en équipe et de situations concrètes rencontrées avec le bétail.


Pour le contacter :

  • Facebook
  • Site web
  • Tél : 06 67 46 08 53
  • Mail : ddranch@gmail.com
  • Localisation : DD Ranch Work, 56 110 Le Saint.

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