
I. Des Pyrénées comme une évidence
Je suis Fabienne Tobie, originaire de Touraine, et je réside depuis 1990 dans les Pyrénées audoises, dans un petit village à 1 000 mètres d’altitude.
Je ne viens pas d’une famille équestre, mais la passion du cheval m’a accompagnée tout au long de ma jeunesse et de ma vie d’adulte. L’esprit cheval coule dans mes veines depuis petite. Je me vois encore, vers 10 ans, économiser sou après sou en espérant pouvoir m’acheter un poney Connemara. Un rêve qui n’a jamais abouti !
Même lorsque je me suis écartée de cette voie professionnellement quand j’étais plus jeune, cette passion a toujours été là.
Comme beaucoup de cavaliers, j’ai commencé par un apprentissage classique, puis je me suis rapidement dirigée vers l’équitation d’extérieur, qui me correspondait davantage. En 1996, j’ai passé mon diplôme d’Accompagnatrice de Tourisme Équestre afin de pouvoir m’installer et encadrer des balades et des randonnées là où je vivais, dans les Pyrénées.
Mon installation ici est d’ailleurs liée à un véritable coup de foudre. Lorsque je suis venue enfant à Counozouls en vacances avec mes parents et mon frère, j’ai dit : « Un jour, je viendrai vivre ici ! »
Ce fut chose faite en 1990. J’ai « plaqué » travail, appartement, compagnon, et je suis venue vivre dans ces montagnes qui m’appelaient.
Je ne saurais pas vraiment expliquer ce que cette région m’apporte. J’ai une réelle impression d’appartenir à cette terre, d’être à ma place dans ces montagnes loin de tout. C’est un peu comme ma passion du cheval : je crois que ça coule dans mes veines. Si je me lève chaque jour, c’est parce que j’ai trouvé ma place et que je fais un métier-passion.
Quand je regarde mon parcours aujourd’hui, je suis un peu tout à la fois, parce que c’est justement tout cela qui m’a construite au fil des années : éleveuse, cavalière, ATE… et surtout un esprit libre de cowgirl.

II. De l’élevage au pastoralisme
L’amour des grands espaces, de la montagne, de la liberté, de la nature et de ses habitants m’a petit à petit dirigée vers un chemin rempli de rencontres.
En 2008, j’ai pris la décision de m’installer comme éleveuse de chevaux.
Ce n’était pas forcément évident dans une région où les élevages sont davantage tournés vers les bovins. Pour certains, l’élevage de chevaux était aussi davantage synonyme de loisir que d’un véritable travail d’éleveur.
Mais je me suis accrochée (dans tous les sens du terme ! ) et je me suis battue pour arriver où j’en suis aujourd’hui. On peut toujours faire mieux et je m’y emploie chaque jour, mais je suis déjà heureuse de cette profession-passion qui me fait me lever le matin.
La région dans laquelle je vis était une évidence pour élever des chevaux au plus près de leur vraie nature. Ils vivent dehors 365 jours par an, dans des contrées magnifiques qui leur apportent énormément.
Le terrain, les différents sols, la faune, la flore… Toutes ces richesses sont importantes dans la vie d’un cheval dès son plus jeune âge. Il y a également la vie en troupeau, que ce soit avec d’autres chevaux ou au contact des vaches, afin d’apprendre aussi le savoir-vivre en société.
Il y a une bonne douzaine d’années, à la suite de circonstances que l’on pourrait appeler le destin et de quelques pressions amicales, j’ai été amenée à postuler pour devenir responsable d’une estive sur ma commune, celle de Counozouls.
À ma grande surprise, malgré sept candidatures, l’ensemble du bureau du Syndicat Forestier, l’association de propriétaires qui gère le territoire, a voté pour ma candidature.
Je me suis donc retrouvée avec plus de 400 hectares à gérer, avec l’idée de créer un Groupement Pastoral pour s’occuper de cet espace.
Cela a été une belle expérience, avec des rencontres atypiques et mémorables, notamment lorsque j’ai cherché des éleveurs sérieux susceptibles de me suivre dans cette démarche.
J’ai pu compter sur des amis éleveurs de chevaux, puis les amis des amis… De fil en aiguille, de démarches en démarches et de complications administratives en complications administratives, est né le Groupement Pastoral du Dourmidou.
Et à sa tête ? Eh bien moi-même, jusqu’en 2026, puisque j’ai laissé cette année ma place de présidente.
C’est un milieu d’hommes, de terriens, de Pyrénéens et d’éleveurs, avec les difficultés qui peuvent rendre les gens rudes et parfois durs. J’ai essayé d’allier sincérité, humanité, droiture et, souvent, fermeté. Cela m’a permis d’acquérir leur confiance, ainsi que celle des voisins de clôture.
Je ne vais pas dire que tout a été facile et rose, mais je ne regrette absolument rien de toutes ces années à la tête de ce groupement d’éleveurs.
Sur l’estive, nous avons un véritable patchwork d’animaux : des troupeaux de vaches, des chevaux, des ânes et, depuis trois ans, des moutons.
Et en voyant évoluer tout ce petit monde, ma passion pour les chevaux m’a rapidement amenée vers une évidence : le travail du bétail à cheval.

III. Du western depuis longtemps… et un Paint Horse comme déclic
J’ai toujours été intéressée par l’équitation western. À l’époque, j’étais d’ailleurs l’une des rares à randonner avec une selle western.
En 1996, le western n’était pas aussi développé qu’aujourd’hui, mais j’essayais déjà de trouver des articles, des photos, des magazines et des documents sur les acteurs de l’équitation western en France et ailleurs.
Ce qui m’attire dans cette équitation ? Un tout : la technique, l’esprit, le rapport et le contact avec le cheval, le travail du bétail et la culture ranch.
Cette vision d’avoir un partenaire équin avec lequel on travaille le bétail, cette connexion avec lui dans les moments que l’on partage, me parlent énormément.
J’ai fait beaucoup de rencontres qui m’ont permis de grandir et de mieux comprendre les chevaux et leur apprentissage. Et j’espère en faire encore, car je continue à me former et surtout à apprendre auprès de différents professionnels.
Mais je dois avouer que ceux qui m’ont appris le plus… ce sont mes chevaux.
Les voir interagir en troupeau, les observer dans leur vie naturelle, puis dans le travail et dans l’équitation… Même si je fais encore des erreurs, ils m’ont obligée à réfléchir, à chercher des réponses lorsque quelque chose ne fonctionnait pas entre nous. Ils m’ont appris l’humilité et le respect.
Il y a aussi un cheval qui a profondément orienté mon parcours vers les races américaines.
Lors d’un concours, j’étais avec ma jument et je voulais la doucher. Elle gigotait dans tous les sens et ne tenait pas en place ! Puis un monsieur est arrivé avec un magnifique cheval à la robe des chevaux des Amérindiens.
Je n’arrivais déjà plus à détacher mon regard de ce bel animal. Il était tellement beau et, surtout, tellement calme.
Je me dépêchais de terminer la douche de ma « sauterelle » lorsque son propriétaire m’a dit de ne pas m’inquiéter, qu’il avait le temps. Il était classe lui aussi, avec son chapeau et sa tenue western impeccable.
J’admirais le couple en silence tout en grognant contre ma demoiselle excitée comme une puce.
Je lui ai donné le tuyau de douche et, en partant, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que ce magnifique cheval si calme… était un entier !
J’ai complètement craqué.
Quelques années plus tard, en 2008, je me suis mise à rechercher un cheval américain. Mon premier Paint Horse, qui est devenu le pilier de mon élevage puisqu’il était entier, fut Dynamic Chiccolena.

IV. Dynamic Farm : « une véritable école de la nature »
Aujourd’hui, Dynamic Farm est un élevage de chevaux américains, avec des poulinières Paint Horse et des étalons Quarter Horses. J’ai également des Origines Constatées avec des lignées de chevaux américains.
Les chevaux sont en plein air intégral toute l’année. Les poulinières, les poulains et les jeunes chevaux bénéficient également d’une estive à la belle saison.
C’est un apprentissage extraordinaire que, je le dis en toute humilité, un humain ne peut pas apporter aux poulains.
Ils rencontrent d’autres chevaux issus d’élevages différents, des troupeaux de plusieurs races de vaches, des ânes et des moutons.
Ils apprennent à vivre sur un terrain montagnard, à découvrir les plantes comestibles avec leur mère et les autres chevaux, à aller boire dans les ruisseaux, à les traverser, à marcher dans les cailloux et à vivre également avec la faune sauvage.
Bref, c’est une véritable école de la nature pour la vraie nature du cheval !
Ce que je recherche chez mes chevaux ? Un peu tout à la fois : le mental, la rusticité, le pied sûr, l’endurance, le sens du bétail et la polyvalence.
Après, je ne suis pas Dieu ! C’est ce que j’espère obtenir en faisant naître mes chevaux, mais chaque individu possède sa propre personnalité et il faut savoir s’adapter.

V. Des randonnées pour s’évader, pas simplement « consommer » un parcours
En complément de l’élevage, j’ai relancé il y a peu de temps l’organisation de randonnées.
J’aime partager, j’aime ma région, j’aime faire découvrir la nature et l’environnement. Et le cheval est pour moi l’un des meilleurs moyens d’apprécier cette région magnifique où je vis.
J’organise des évasions allant d’une journée à plusieurs jours.
Et j’emploie vraiment le mot « évasion ».
Je voudrais que les personnes qui viennent réapprennent à s’émerveiller, à partager, sans avoir en tête la simple consommation d’une randonnée. Je veux voir les yeux briller, et parfois même s’humidifier devant ces paysages qui me font tant vibrer.
J’aime également être le lien, celle qui provoque des rencontres entre passionnés.
J’aime les amener à être à l’écoute de leurs chevaux, de leurs capacités et de tout ce qu’ils peuvent nous offrir. Mais aussi les pousser à se surpasser pour qu’ils ressortent grandis de l’expérience.
Je dis souvent à ceux qui ne sont jamais venus randonner en montagne et qui appréhendent qu’ils laisseront quelque chose d’eux-mêmes sur la montagne. Parce que c’est une vraie thérapie, avec l’aide des chevaux bien évidemment.
Les randonnées s’adressent plutôt à des personnes qui sont déjà montées à cheval et qui sont à l’aise aux trois allures.
Je pense que j’arrive plus facilement à partager tout cela avec des cavaliers qui sont déjà à l’aise avec ce partenaire qu’est le cheval, qui peut être impressionnant lorsque l’on monte les premières fois.
Sur des terrains variés, cela permet normalement d’enlever une source d’anxiété. Et comme je propose des randonnées d’une journée minimum, les cavaliers totalement débutants risqueraient aussi d’être… physiquement un peu réticents à recommencer l’expérience !
Mes chevaux vivent dès leur plus jeune âge dehors toute l’année, sur les pentes de la montagne et au contact de différents troupeaux. Je les monte moi-même pour travailler, je connais donc leurs personnalités et j’essaie au mieux d’adapter les couples cavaliers-chevaux.
Et les randonnées se font la plupart du temps au pas parce que… qui veut voyager loin ménage sa monture ! Surtout en montagne.

VI. Quand le travail du bétail devient une évidence
Je faisais régulièrement des visites d’estive et de troupeaux à cheval, seule ou accompagnée d’amis cavaliers.
Au départ, l’idée d’utiliser les chevaux pour aider les éleveurs n’a pas forcément été évidente.
Mis à part en Camargue, nous n’avons pas vraiment cette culture du travail du bétail à cheval. Il fallait donc faire nos preuves et surtout démontrer le respect que nous avions pour leurs troupeaux.
Parce qu’il ne faut jamais oublier que ce sont leurs vies qu’ils nous confient lorsque nous regroupons, transhumons ou manipulons leurs animaux, quels qu’ils soient.
Il a fallu quelques circonstances, encore une fois liées au destin, pour leur montrer que nous n’allions pas courir comme des dératés derrière leurs animaux, façon cowboys d’Hollywood, en criant « yaaaahouuuu » dans la pampa !
À un, puis deux, puis trois, quatre cavaliers et davantage, nous leur avons donné des coups de main pour regrouper les troupeaux.
J’admirais les éleveurs : il fallait du courage pour évoluer parfois à une quinzaine de personnes à pied sur les pentes ardues de la montagne, en espérant emmener tout ce petit monde jusqu’à un corral.
Et les vaches sont intelligentes. Elles nous l’ont montré !
Avec notre humble savoir, les copains et moi-même avons commencé à aider. Petit à petit, le nombre de personnes à pied diminuait pendant que celui des cavaliers augmentait.
Mais je savais aussi que nous devions apprendre, encore et encore, pour être plus efficaces, plus sereins, plus aguerris. Bref… plus performants !

VII. Se former pour travailler réellement sur de grands espaces
J’ai donc cherché où et comment nous former.
Notre situation était particulière : nous étions sur de grands espaces, pas dans une carrière, et face à des troupeaux qui n’avaient pas l’habitude d’être manipulés à cheval.
Un jour, en lisant un magazine western, je suis tombée sur une double page consacrée aux « cowboys du marais vendéen ».
Voilà ! C’était ça !
Une association pratiquait ce travail et se formait chaque année pour regrouper les troupeaux dans les marais vendéens : l’Association Vendéenne d’Équitation de Travail, l’A.V.E.T.
Ni une ni deux, j’ai contacté son président, Daniel Charneau, pour lui demander s’ils acceptaient des cavaliers venant d’autres départements.
Son « oui » m’a immédiatement mis le sourire aux lèvres.
La première année, je suis montée avec un ami cavalier afin de suivre les modules de formation et d’être validés pour intervenir lors des contentions.
Nous avons pu intervenir dès cette première année. Quels souvenirs ! J’ai adoré vivre ces moments avec les autres cavaliers lors des rassemblements.
L’année suivante, j’y suis retournée seule pour continuer les modules et participer aux différentes contentions.
À partir de là, la machine était lancée dans ma tête.
Il fallait absolument que nous créions une association ayant un objectif commun : le travail du bétail sur grands espaces.

VIII. Cheval de Ranch et Pastoralisme Pyrénéen : travailler en équipe au service des éleveurs
Le bureau de l’A.V.E.T. nous a aidés, notamment en nous fournissant des statuts communs et du soutien. Certains de ses membres sont même venus nous aider lors de nos interventions sur l’estive pendant les premières années.
J’en ai parlé aux cavaliers de mon entourage qui participaient déjà aux rassemblements sur l’estive.
C’est comme cela qu’est né Cheval de Ranch et Pastoralisme Pyrénéen.
Je tenais vraiment aux mots « Pastoralisme » et « Pyrénéen », en relation directe avec nos estives et les éleveurs des Pyrénées.
« Cheval de Ranch » était également un choix important : il représentait un esprit, un travail et une passion de l’équitation western, celle que l’on peut retrouver dans les ranchs.
Il nous fallait aussi des modules de formation avec des professionnels capables non seulement de nous apprendre le travail sur grands espaces, mais également de travailler ensemble.
En voyant les professionnels qui intervenaient dans les modules de l’A.V.E.T., c’était une évidence : ils cochaient toutes les cases.
J’ai donc demandé à Nicolas Bouloc, du Ranch Tashunka, Éric Flachaire, Didier Dubrui, de DD Ranch Work, et Christophe Arnaud, d’Arnaud Ranch et Spectacles, s’ils étaient d’accord pour venir nous former dans les Pyrénées comme ils le faisaient en Vendée.
La réponse a été collégiale : oui.
L’aventure de Cheval de Ranch et Pastoralisme Pyrénéen, le CRPP, a débuté en 2017 et continue encore aujourd’hui.
Nous avons tellement de souvenirs partagés entre cowboys et cowgirls, parce que je peux employer ces termes nobles pour parler des membres du CRPP.
Chaque année, nous évoluons. Nos chevaux aussi. Nous formons d’autres chevaux personnels et d’autres cavaliers et cavalières au sein du CRPP.
Ce qui nous unit, c’est l’esprit, le partage et la solidarité.
Il n’y a pas de concurrence parce que nous sommes là pour former une équipe au service des éleveurs qui nous font confiance.
Certains nous reçoivent directement dans leurs exploitations, avec leurs troupeaux, afin que nous puissions organiser les modules au plus près de la réalité de l’élevage.

IX. « On travaille à trois individus différents »
Le travail du bétail est devenu l’une de mes grandes passions.
La vie, l’amitié… et les vaches !
Je trouve cela tellement incroyable et grisant de pouvoir travailler à trois individus différents : apprendre à contrôler, conduire, trier et manipuler un animal avec un autre animal, alors que vous-même n’êtes de la même espèce ni de l’un ni de l’autre !
Sur de grands espaces, il y a aussi une énorme différence avec le travail en carrière : il n’y a aucune barrière pour arrêter le troupeau ou la vache que vous êtes en train de travailler.
Si vous faites une erreur, vous êtes sanctionné tout de suite.
Il faut donc être capable de s’adapter rapidement et de changer de stratégie tout aussi rapidement.
C’est une belle manière de se remettre en question et, encore une fois, une belle leçon d’humilité.
Le calme, la patience, la réflexion, l’observation du troupeau et la lecture des différents individus sont à la base de ce travail.
Un cheval destiné à ce type d’activité doit être calme et réactif à la fois. Il doit être contrôlable à tout moment, dans toutes les situations et sur tous les terrains. Il doit passer partout, être patient et devenir un véritable partenaire de travail sur lequel on peut compter, avec une confiance réciproque.
Il doit être respectueux des demandes mais aussi des troupeaux.
Il faut pouvoir le séparer de ses congénères sans que cela devienne une bagarre entre lui et son cavalier. Il doit avoir un bon mental et ne pas faire un rollback à chaque buisson qu’il n’arrive pas à identifier dans son interprétation mentale !
Physiquement, il doit aussi être entraîné et avoir de l’endurance.
Mais le cavalier doit connaître les limites de son cheval et ne pas les dépasser.

X. Le cheval au service du pastoralisme
Le CRPP s’inscrit dans une démarche visant à montrer qu’un autre travail est possible que celui effectué uniquement à pied avec des bâtons.
Attention : je ne critique absolument pas ces méthodes. Les éleveurs travaillent avec les moyens dont ils disposent.
Notre objectif est plutôt de leur montrer d’autres possibilités d’action avec leurs troupeaux.
Nous pouvons leur apporter davantage de sécurité, de facilité et parfois de rapidité dans le travail.
Au fil des interventions, nous avons également constaté qu’un accord calme et respectueux pouvait se créer entre les vaches et les cowboys qui les manipulent.
Les vaches de l’estive savent maintenant lorsque nous passons simplement à proximité sans leur demander quoi que ce soit. Mais dès qu’elles voient notre façon de nous positionner ou même que nous commençons à réfléchir ensemble à la stratégie à mettre en place, elles commencent à se lever, à se regrouper puis à se diriger vers les endroits où nous voulons les emmener.
C’est vraiment un travail collectif entre le cowboy, le cheval et la vache.
C’est cette finalité que nous recherchons : leur apprendre qu’elles n’ont rien à craindre et que nous pouvons les déplacer dans le calme et la sérénité.
Le pastoralisme est très important en France. Il faut absolument le conserver et, si nous pouvons apporter une petite pierre à l’édifice avec nos interventions, il est primordial pour nous de le proposer.
Le cheval est un messager. Il a toujours fait partie de l’histoire de l’Homme et de son évolution.
Le fait de travailler avec lui permet encore une fois de démontrer les qualités de cet être.
Les éleveurs ne voient alors plus seulement le cheval comme un loisir ou un plaisir, mais comme un véritable partenaire de travail.
Et bien souvent, on voit briller leurs yeux à la fin des interventions.
Ils en parlent autour d’eux, à d’autres éleveurs, à leurs familles. C’est cela qui est gratifiant et qui nous permet de penser que notre travail les aide vraiment.
Le cheval permet d’intervenir sur des terrains variés, qui ne sont pas toujours évidents à parcourir avec un quad ou à pied. On se déplace et on réagit plus vite qu’un piéton.
L’approche de la vache est également différente avec un cheval.
Mais il ne faut pas oublier que les troupeaux doivent eux aussi apprendre. Habituer des vaches aux chevaux ne se fait pas en un claquement de doigts. C’est également un apprentissage pour elles.

XI. Former un cheval de travail : le bétail comme apprentissage supplémentaire
Pour moi, il ne devrait pas y avoir une différence fondamentale entre l’éducation d’un cheval de loisir et celle d’un cheval qui va réellement travailler.
À la base, l’éducation reste la même.
On demande déjà à un cheval d’extérieur de rester calme, de passer partout, d’être patient, d’être contrôlable…
Ce qui vient s’ajouter, c’est la vache et ses réactions en tant qu’animal.
Le cheval doit apprendre à suivre, approcher et manipuler, de près ou de loin et dans toutes les circonstances, une espèce qui n’est pas la sienne et qui ne lui ressemble pas.
Mais vaches et chevaux arrivent aussi à se comprendre par leurs attitudes. Ils savent communiquer physiquement.
Cet apprentissage avec les vaches est donc primordial dans l’éducation de n’importe quel cheval destiné à les manipuler.
Chez les cavaliers qui découvrent le travail du bétail, je vois souvent les mêmes erreurs : une absence de lecture du troupeau, de la précipitation, des cavaliers trop pressés, trop rapides, parfois comme s’ils étaient dans un concours de vitesse.
Alors que la patience est essentielle.
Il manque aussi parfois une vraie réflexion sur la stratégie à adopter en fonction de la situation.
Lire une vache est très important, parce que c’est aussi une question de sécurité pour votre partenaire.
Si vous n’arrivez pas à comprendre qu’elle vous menace ou qu’elle est en situation de stress, cela peut se terminer dramatiquement pour tout le monde.

XII. « Mes chevaux m’ont appris l’humilité et le respect »
Le cheval… c’est un animal incroyable.
Lorsque vous prenez conscience qu’en l’espace de quelques secondes, il pourrait vous désarçonner, vous tuer ou vous dégager, qu’il fait en moyenne 500 kilos et que, pourtant, il accepte tellement de choses de la part des humains…
J’aime mes chevaux. Ils sont tous différents, et c’est justement ce qui fait leurs qualités.
Mon troupeau m’a d’ailleurs prouvé cette année la confiance que mes juments (mes « nanas ») avaient en moi et la place que j’occupais dans leur monde.
Non, je ne suis pas leur cheffe. Je suis d’une autre espèce et je garde cela à l’esprit en permanence.
Je cherche par tous les moyens à communiquer correctement avec eux, mais je sais que je ne serai jamais un cheval et qu’eux ne seront jamais des humains.
Même si elles me le montrent régulièrement, lorsqu’elles arrivent au galop quand je les appelle à ma façon ou lorsqu’elles me répondent, je n’avais pas réellement pris conscience jusque-là de l’importance que j’avais pour elles.
J’ai transhumé 16 chevaux en totale liberté pendant plus d’une heure à travers la montagne, la route et les chemins de traverse pour les emmener à l’estive.
J’étais devant sur une jument qui ne faisait pas partie de leur groupe, donc sans hiérarchie de jument référente pour les guider.
Comment ne pas être émue par une telle preuve de confiance ?
Elles avaient de nombreuses possibilités de me passer devant et de me laisser. Certaines me doublaient à certains endroits, puis m’attendaient pour que je repasse devant et continue à les guider.
Je n’oublierai jamais ces moments, très forts et difficiles à décrire psychologiquement.
J’étais fière. Pas par égocentrisme, mais fière de savoir que j’occupais cette position importante et que leur confiance était suffisamment forte pour qu’elles me suivent simplement au son de ma voix et de mes appels.
Comme on le dit souvent désormais, le cheval est un miroir.
Et ceux qui savent se regarder dans ses yeux et dans ses attitudes gagnent une richesse d’esprit et de personnalité.

XIII. Terrain et compétition : « Je n’opposerais pas les deux »
Pour moi, la différence entre le terrain et la compétition commence avec la notion de concurrence et de compétitivité : vouloir être le meilleur, le gagnant ou la gagnante.
Sur le terrain, nous sommes une équipe. On travaille ensemble, on est solidaires, partenaires et non concurrents.
Que vous ayez un superbe cheval américain qui vaut des mille et des cents ou un « cocktail des prés », ce n’est pas cela qui fait l’importance du couple cavalier-cheval.
Bien sûr, les chevaux américains ont davantage de prédispositions pour certaines manœuvres et peuvent avoir un mental extraordinaire.
Mais un cheval d’une autre race ou sans origine particulière aura aussi sa place dans l’équipe à partir du moment où son éducation a été faite, qu’il reste calme et qu’il est contrôlable par son cavalier.
Il y a une place pour chaque couple cavalier-cheval dans le travail de terrain.
Et on ne veut surtout pas que le partenaire équin devienne simplement une raison de briller en société par rapport aux autres.
Tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice et chacun peut apprendre quelque chose de l’autre.
Nous avons vu des cavaliers compétiteurs aider des cavaliers lambda lorsqu’ils rencontraient des difficultés sur le terrain.
C’est cela, pour moi, l’esprit ranch du terrain. L’esprit western.
Mais la compétition représente aussi un défi et une possibilité de sortir de sa zone de confort.
Parce que nous sommes tous champions du monde chez soi !
Changer de lieu, d’horizon, avoir d’autres chevaux autour, ressentir la pression du cavalier… Tout cela peut permettre de découvrir des aspects de nos chevaux que nous ne connaissions pas.
Et de nous-mêmes également.
Je n’opposerais donc pas forcément les deux. Terrain et compétition peuvent être complémentaires, à condition de savoir faire la différence entre l’esprit du terrain et celui d’un concours.

XIV. Le western en France : structuré, mais avec un esprit à préserver
En une vingtaine d’années, j’ai vu apparaître davantage d’associations, de centres équestres western et de professionnels dans toutes les disciplines.
Mais j’ai également vu parfois une banalisation de cette monte, sans respect de ses traditions, de son histoire, de sa culture ou de ce qu’elle représente.
Certaines disciplines deviennent aussi des modes selon les années, selon ce qui fait vendre ou consommer.
Alors, est-ce que le western français s’est structuré ou est-ce qu’il a perdu une partie de son esprit d’origine ?
Les deux, mon capitaine !
Il s’est structuré dans certains domaines et a aussi perdu une partie de son esprit d’origine.
Bien évidemment, il ne faut pas généraliser, mais c’est tout de même ce que je peux constater dans pas mal de concours et de stages.
J’espère de tout cœur que le terme « cheval de ranch » et les disciplines de ranch reprendront leurs lettres de noblesse et, surtout, un véritable sens.
Aujourd’hui, nous avons des chevaux dits « de ranch » qui n’ont jamais vu de vaches. Même en compétition, il existe des champions de disciplines de ranch qui n’ont pas forcément effectué de travail du bétail.
Encore une fois, ce n’est pas une généralité, mais il est peut-être temps de remettre l’église au centre du village !
Cela vaut pour les professionnels qui se donnent les moyens de faire de vrais chevaux de ranch et d’organiser des stages de travail du bétail, mais aussi pour les éleveurs qui sélectionnent et œuvrent afin de vendre des chevaux qui portent réellement ce titre.
Je souhaite également une belle évolution au travail du bétail sur le terrain, mais toujours avec le bon esprit et le bon apprentissage.
Il ne suffit pas de pousser des vaches pour dire que l’on fait ce travail.
Il y a tellement de choses à apprendre autour, et c’est justement cela qui est gratifiant.
Personnellement, je fais et refais les stages et les modules de formation chaque année.
J’apprends toujours. Et mon cheval aussi.
Pour développer davantage le western en France, j’aimerais voir davantage de solidarité entre les professionnels, notamment pour organiser des rendez-vous communs.
Il faudrait aussi plus de lieux de pratique. Il n’y en a pas assez.
Davantage de stages sur des thèmes différents, également.
Nous avons de bons chevaux en France. Ce qui manque, c’est parfois la possibilité de pratiquer dans toutes les régions.
Il faut aussi de la reconnaissance, des concours partout en France et des lieux de rencontre, notamment lors de finales permettant de rassembler les différents cavaliers de toutes les régions.

XV. « Ne jamais oublier d’où l’on vient »
S’il y avait un message à transmettre aux lecteurs d’EWF, ce serait de ne jamais oublier d’où l’on vient.
Se rappeler qu’un jour, nous avons été cet enfant ou cet adulte qui s’est mis à rêver devant la présentation d’un cavalier western et de sa monture.
Peut-être devant ses performances, sa connexion avec son cheval ou son travail avec son partenaire et la vache.
Moi, j’ai rêvé devant ce Paint Horse.
Mais je me souviens aussi, à Lyon il y a des années, avoir regardé des cavaliers de ranch, leur travail, leur représentation et leurs explications, et m’être dit : « C’est ça que je veux faire un jour ! »
Alors il faut essayer d’être celui ou celle qui, par un sourire, une envie de partager sa passion ou simplement une discussion, deviendra à son tour le vecteur d’une envie de pratiquer l’équitation western.
Ne jamais oublier qu’un jour, avant d’être sur le cheval, nous étions celui ou celle qui l’admirait.
Un grand merci à Fabienne Tobie d’avoir pris le temps de partager avec EWF son parcours, son expérience et sa vision du cheval et du travail du bétail. Un témoignage qui nous permet aussi de découvrir de l’intérieur le pastoralisme pyrénéen et la place que le cheval peut encore y occuper aujourd’hui.
Retrouvez Fabienne et son élevage Dynamic Farm :
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- Mail : dynamicfarm@yahoo.fr
- Téléphone : 06 63 83 23 65
- Localisation : 11 140 Couzenols
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