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Julie Fabre et le Black Mountain Ranch : débourrage, travail du cheval et approche western

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Julie Fabre et le Black Mountain Ranch : débourrage, travail du cheval et approche western

Des concours classiques aux chevaux sauvages de Patagonie, son parcours s’est construit bien loin d’une ligne toute tracée. Aujourd’hui à la tête du Black Mountain Ranch, elle travaille principalement autour du débourrage, des jeunes chevaux, de la locomotion et de la mise aux vaches, avec une idée centrale : s’adapter au cheval plutôt que lui imposer une méthode.

Elle partage avec EWF sa vision du western, du débourrage, du rapport entre technique et feeling, mais aussi les difficultés auxquelles elle est confrontée lorsqu’un cheval arrive au travail.


I. « Ce que j’aimais, ça a toujours été le lien avec les chevaux »

Je monte à cheval depuis que j’ai cinq ou six ans. J’ai toujours été passionnée par les chevaux, depuis que je sais parler et marcher, visiblement !

J’ai fait beaucoup d’équitation de concours : CSO, Hunter, Complet. Pas à un niveau très élevé, parce que j’ai eu mon premier poney à neuf ans et qu’il était hors de question pour moi de le changer simplement pour pouvoir aller plus haut.

J’ai donc plafonné au niveau de mon cheval, un petit croisé arabe que j’ai aimé de tout mon cœur et qui est parti lorsque j’avais 31 ans, il y a deux ans.

Je ne regrette absolument pas ce choix. La compétition, finalement, ce n’était pas vraiment mon truc. Ce que j’aimais, ça a toujours été le lien avec les chevaux.

Quand j’ai su que moi, je pouvais aller plus haut mais que mon cheval ne le pouvait pas, j’ai arrêté les concours et je me suis tournée vers l’équitation d’extérieur.

J’ai ensuite énormément voyagé, notamment en Argentine et en Uruguay. J’ai été guide touristique à cheval et ces voyages m’ont permis de rencontrer d’autres chevaux, d’autres façons de faire.

J’ai notamment eu une occasion complètement dingue : travailler au débourrage de chevaux sauvages en Patagonie, pendant près de deux ans en cumulé avec mes différents voyages.

C’était vraiment incroyable.


II. « J’ai toujours été un peu l’extraterrestre »

Je n’ai clairement pas eu un parcours en ligne droite.

J’ai été façonnée par l’équitation classique : le CSO, le Hunter, le Complet, les cours, les machins…

Mais j’ai toujours été un peu l’extraterrestre : celle qui ne faisait pas comme tout le monde, celle qui posait toujours des questions, celle qui n’était pas forcément d’accord.

Et quand je suis partie en Argentine, ça a été une révélation. Vraiment une révélation.

J’ai rencontré les chevaux. Les vrais chevaux, ceux qui sont entiers, qui sont purs. Je pense que je n’en avais jamais réellement vu avant.

C’est là aussi que j’ai commencé à entrer dans le débourrage. J’avais fait un peu mes preuves pendant que j’étais guide touristique chez le patron du ranch, et il m’a ensuite amenée à travailler avec les chevaux qu’ils attrapaient en Patagonie, totalement sauvages.

Là, j’ai vraiment découvert ce que c’était que débourrer un cheval. Lire un cheval. Comprendre un cheval.

Pendant toutes ces années, tout s’est fait au feeling. Je n’avais jamais réellement posé de technique là-dessus.


III. Mettre de la technique sur du feeling

Par la suite, j’ai appris beaucoup grâce à un coach qui venait du milieu du reining.

Il m’a apporté la notion de technique. Pas toute, évidemment, parce qu’on n’a jamais tout appris et que le reining n'est pas une discipline qui m'attire.

Mais il m’a surtout appris quelque chose qui reste très important pour moi : mettre de la technique sur du feeling.

L’un sans l’autre ne fonctionne pas.

À partir de là, j’ai acheté un terrain et commencé à faire du débourrage. Puis j’ai eu l’occasion d’aller sur mieux, puis sur plus grand, puis finalement d’acheter.

C’est comme ça que je suis arrivée là où j’en suis aujourd’hui.

Mon objectif reste de continuer à faire des chevaux bien dans leur tête.


IV. « La pièce du puzzle qui manquait »

Ce qui m’a donné envie de m’orienter vers l’équitation western, c’est notamment l’équitation de travail.

Rencontrer des gens qui travaillaient réellement dans cette équitation m’a beaucoup apporté et m’a donné envie de travailler dans une relation de partenariat avec le cheval.

Ce qui m’attire dans le western, c’est évidemment le travail du bétail, mais également cette relation.

Le fait que le cheval devienne une partie entière du travail. Pas un outil. Pas un véhicule. Pas simplement un outil sportif. Un partenaire à part entière.

Et puis il y a la culture, les grands espaces, la liberté… Tout ce que j’avais beaucoup plus rencontré en Argentine qu’en France.

Le western n'a pas changé ma vision du cheval. Au fond, depuis toute petite, je crois que je le voyais déjà comme ça. Simplement, je ne pouvais pas mettre de mots dessus, parce que je n’avais connu que le classique et l’aspect club.

Je savais qu’il me manquait quelque chose.

Le western a plutôt été la pièce du puzzle qui manquait depuis toute ma vie.


V. « Les exercices sont des boîtes à outils »

Aujourd’hui, ma manière de travailler ne se limite pas au western.

Je suis autant intéressée par l’aspect ranch, le cheval de ranch et le cheval partenaire que par la locomotion, le bien-être corporel ou le mental.

C’est vraiment le cheval dans sa globalité qui m’intéresse.

Je peux m’intéresser à des entraîneurs de sport qui travaillent la locomotion, à ce qu’on appelle beaucoup aujourd’hui la biomécanique… Pour moi, derrière tous ces termes, il s’agit surtout de travailler le cheval dans le bon sens.

Je m’intéresse autant à certains professionnels du classique qu’à ceux du western.

En effet, pour moi, les exercices que l’on apprend sont simplement des boîtes à outils. Ils servent à construire un cheval et surtout à s’adapter à lui.

Je n’ai aucune envie d’avoir une méthode complètement figée en disant : « Moi, je construis un cheval comme ça et, s’il sort du cadre, il faudra qu’il y rentre. »

Je ne veux pas travailler comme ça.

Je veux pouvoir m’adapter tout en arrivant au résultat que je recherche : un cheval partenaire, capable d’être dans les vaches, avec une attitude naturelle, en équilibre, qui se porte correctement, tout en étant capable de s'adapter à différentes disciplines.


VI. Qu’est-ce qu’un bon cheval western ?

Pour moi, au-delà de la discipline ou de son niveau technique, un bon cheval western est d’abord un cheval qui a confiance en nous et qui est capable de travailler avec nous.

Les chevaux restent naturellement des proies.

On peut évidemment les éduquer et leur apprendre à ne pas systématiquement fuir, mais on ne peut pas complètement changer leur nature, sauf à les conditionner très fortement ou à employer des méthodes extrêmement coercitives.

Certains chevaux garderont toujours davantage cet instinct de fuite.

Ma propre jument est très bien éduquée, mais elle reste une jument qui peut paniquer malgré tout le travail que je vais mettre dessus.

Pour moi, un bon cheval est donc notamment celui qui va réussir plus facilement à sortir de cet état de fuite et qui pourra avoir une grande confiance dans ce qu’on va lui demander.


VII. « Le western, ce n’est pas du folklore »

J’aimerais que le public comprenne mieux que l’équitation western, ce n’est pas du folklore. Ce n’est pas un jeu.

Ce n’est pas un déguisement. C’est une équitation à part entière.

Mettre simplement une selle western sur le dos d’un cheval ne veut pas dire que l’on fait de l’équitation western.

Tout compte : la manière dont on monte, l’équipement qu’on utilise, ce que l’on cherche à obtenir…

On ne peut pas simplement acheter une selle à 200 balles, la mettre sur le dos d’un cheval avec un mauvais tapis et considérer que l’on fait du western parce qu’on veut ressembler à un cowboy.

On ne peut pas non plus jeter les jambes en avant parce qu’on a vu des cowboys stopper comme ça, puis essayer de faire arrêter son cheval.

Tout a un sens. Tout a une histoire.

Il faut s’y intéresser profondément avant de dire que l’on pratique cette équitation.


VIII. Observer avant de vouloir agir

Quand un cheval arrive chez moi, la première chose que je fais, c’est l’observer.

Je regarde sa manière d’être au paddock.

S’il est seul, je regarde comment il se comporte avec les autres à travers la clôture, puis comment il se comporte avec moi.

Cela me permet d’établir assez rapidement un profil.

Un cheval naturellement dominant, avec un bon leadership dans son troupeau, n’est pas forcément comparable à un cheval devenu dominant parce qu’une opportunité s’est présentée.

Un cheval qui a longtemps été soumis puis se retrouve soudain en position de dominer peut avoir des réactions très différentes.

Tout cela m’indique déjà beaucoup de choses sur la manière dont il pourra réagir avec moi dans le travail.

Avec un cheval peu manipulé ou qui manque de confiance, je peux commencer en liberté. Je vais le faire bouger, mais sans être agressive.

Je vais évoluer autour de lui pour chercher à obtenir son attention, sa tête. Et lorsque je l’obtiens, je relâche la pression.

Je peux partir, marcher, souffler, m’asseoir… L’idée est d’établir une forme de communication non verbale dès les premiers instants.


IX. « Il n’y a pas de mauvais mental »

Le mental du cheval dans le débourrage, pour moi, c’est la base.

Je ne pense pas qu’un cheval ait « un mauvais mental » en soi. Un cheval a un mental.

Il a une place hiérarchique dans un troupeau. Il a une personnalité. Il a des points forts, des points faibles, liés aussi à ses parents et à sa lignée.

Mais il n’y a pas un « mauvais mental ». Il y a un mental à construire.

Et pour moi, c’est véritablement la base du travail.


X. Apprendre ou obéir : « ce qui compte, c’est le chemin »

Au fond, la finalité entre faire obéir un cheval et lui apprendre quelque chose peut être assez proche.

On veut que le cheval comprenne ce que l’on attend de lui. Et il est tout de même important, notamment pour la sécurité, d’avoir un effet sur son cheval.

Ce qui m’intéresse réellement, c’est le chemin pour y arriver.

Quelqu’un peut dire très brutalement : « Mon cheval m’obéit ». D’autres vont utiliser un vocabulaire plus romantique.

Mais lorsque vous voyez des chevaux en liberté, parfaitement éduqués, capables de faire des valses, des changements de pied, des transitions et tout ce que leur demande la personne au milieu de la carrière… ils répondent eux aussi à ce qu’on leur demande.

La vraie différence se situe donc dans la façon dont on arrive au résultat.

Si on obtient quelque chose en mettant des coups de stick au cheval toutes les deux minutes parce qu’on n’est pas satisfait de la réponse, pour moi ça ne vaut rien.

On finira par perdre quelque chose et ce ne sera pas construit sur des bases solides.

Mais lorsque le travail est fait dans les règles de l’art, le mot que l’on utilise ensuite m’importe finalement moins.

Et pour savoir quand passer à l’étape suivante, je n’attends pas forcément un signal spectaculaire.

Il faut simplement que le cheval soit serein avec l’étape en cours.


XI. Ma vision du débourrage

Pour moi, le débourrage, c’est l’apprentissage d’un partenaire.

C’est apprendre à un cheval, qui reste une proie et un animal grégaire, à devenir un partenaire capable d’évoluer avec nous avec confiance et respect.

Il faut évidemment aussi un minimum d’obéissance, parce qu’il vaut mieux qu’un cheval nous écoute dans certaines situations.

Il doit accepter qu’on puisse le faire aller d’un point A à un point B, lui mettre une selle, monter dessus…

Tout cela n’est pas naturel pour lui. Le travail consiste donc à lui faire accepter cette situation, et surtout à faire en sorte qu’il puisse l’apprécier.

Pour moi, le débourrage, c’est bien plus que monter sur le cheval.

Un débourrage réussi, c’est un cheval qui vient lorsqu’on l’appelle, qui a un regard vif et vivant, qui a envie de travailler avec nous, qui avance, qui est droit, équilibré et qui répond avec finesse.

Là, pour moi, c’est magnifique.


XII. Le Black Mountain Ranch

Le Black Mountain Ranch vient de déménager.

Aujourd’hui, la structure compte cinq hectares, dont environ un hectare consacré à la partie entraînement, divisé en paddocks, avec une écurie et des boxes disponibles si nécessaire.

Je ne veux pas forcément mettre les chevaux systématiquement au box. Ils serviront notamment lorsqu’il pleut beaucoup, pour permettre à un cheval de récupérer au sec après une séance, de sécher correctement et de repartir au pré dans de bonnes conditions.

J’ai connu beaucoup de structures avant de trouver celle qui me correspondait. En quatre ans, j’ai déménagé quatre fois !

Je n’ai jamais eu peur de bouger lorsqu’il y avait quelque chose d’intéressant pour les chevaux. Parfois, il y avait même quelque chose d’intéressant pour moi aussi !

Mais je n’ai jamais réussi à obtenir le combo idéal avec beaucoup d’espace, de grandes prairies et les installations.

Peut-être un jour.

J’ai également compris que gérer seule vingt-cinq hectares n’était pas réaliste pour moi.

Aujourd’hui, j’ai donc choisi de privilégier le confort des chevaux.

Au ranch, je propose notamment des débourrages, de la rééducation, du travail sur certaines problématiques, la locomotion, la finesse dans les aides ou encore la mise aux vaches.

Je reçois surtout de jeunes chevaux à débourrer.

Les rééducations sont moins nombreuses ces derniers temps, mais je remarque aussi que l’on m’amène parfois un cheval « à rééduquer » alors qu’il s’agit surtout de remettre l’église au centre du village.

Redonner des codes. Souvent, le cheval n’y est pour rien. Le propriétaire est simplement perdu et n’a pas toutes les clés.

Et parfois, quelques conseils et un peu de cadre suffisent à régler une grande partie des problèmes.


XIII. « Je travaille pour le cheval, pas pour la personne »

Trouver l’équilibre entre progression, sécurité, respect du cheval et objectif du propriétaire est extrêmement fragile.

Progression, sécurité et respect, je peux les faire fonctionner ensemble.

Là où cela devient compliqué, c’est lorsque l’objectif du propriétaire n’est plus compatible avec le respect du corps du cheval, notamment lorsqu’il y a douleur ou pathologie.

C’est souvent là que ça fait couac.

Aujourd’hui, j’ai décidé d’annoncer clairement la couleur : Je travaille pour le cheval. Pas pour la personne.

La personne m’amène son cheval au travail, mais mon travail est pour le cheval.

Si cette vision ne convient pas au propriétaire, il existe d’autres professionnels.

Le confort du cheval est donc primordial.

Je demande notamment qu’un cheval soit vérifié par un ostéopathe avant de commencer le travail. Si l’on souhaite travailler avec un mors, je veux également savoir que la bouche du cheval lui permet de le porter sans douleur.

Parce qu’on ne peut pas travailler correctement sur une réaction si cette réaction vient en réalité d’une douleur.

Prenons un cheval qui se bat contre la main. Je peux chercher à lui apprendre à venir sur le contact et à devenir plus doux. Mais s’il a mal aux dents, il ne viendra jamais réellement se poser.

Je vais continuer à demander du contact, lui va continuer à ressentir de la douleur, la frustration va monter et je vais finalement casser le lien que j’avais construit auparavant.

Pour moi, il est donc primordial que le cheval soit bien dans ses sabots avant de pouvoir travailler.


XIV. Les chevaux « difficiles » et la question de la douleur

Je n’aime pas forcément parler de chevaux méchants ou dangereux. Je préfère chercher ce qu’il se passe.

Cela peut paraître cliché, mais lorsque j’ai un cheval difficile, la première chose que je veux vérifier, c’est son corps.

Et si l’on ne trouve rien, que son éducation semble correcte et qu’il continue malgré tout à présenter un problème, alors on continue à chercher.

Parce qu’il y a probablement quelque chose.

J’ai connu plusieurs situations qui m’ont beaucoup marquée.

Dans l'une d'elles, on m’avait confié un cheval dont on m’avait assuré qu’une ancienne blessure était réglée. Il arrachait la longe lorsqu’on travaillait sur le cercle.

Je trouvais pourtant qu’il était irrégulier et j’ai demandé à la propriétaire si elle était certaine qu’il n’avait plus mal. On m’a répondu que oui.

Au bout d’une semaine, il était boiteux. La propriétaire m’a alors reproché d’avoir fait trop de cercles.

Mais si l’on me dit qu’un vétérinaire a confirmé qu’il n’y a plus de douleur et que le cheval présente un problème dans son travail en longe, je vais naturellement travailler cette difficulté.

Cette expérience m’a rappelé combien les objectifs du propriétaire et la réalité physique du cheval peuvent parfois entrer en conflit.

J’ai également reçu une jument croisée Frison-Andalou dont le dos était extrêmement carpé. Lorsqu’elle est arrivée, elle ne tenait même pas à l’attache, n’embarquait pas correctement en van et était complètement paniquée.

En un mois, elle avait déjà énormément progressé : elle tenait à l’attache, montait en van, travaillait aux longues rênes et acceptait la selle.

Mais lorsque je suis montée dessus, j’ai constaté qu’elle souffrait. Son visage changeait, son dos se cambrait.

Certains praticiens estimaient qu’il ne fallait pas monter dessus, alors qu’un autre compte rendu indiquait que le débourrage pouvait être réalisé.

J’ai donc préféré arrêter. J’ai dit à la propriétaire : « Je ne vais pas te voler. Je ne vais pas garder ta jument deux mois alors que ça ne va pas. Je te la rends. »

Cela n’a pas empêché les critiques par la suite, mais ce n’est pas grave.

Ce que je retiens surtout, c’est qu’on peut être le meilleur entraîneur du monde : si un cheval a mal, on ne peut pas réellement résoudre le problème en lui demandant simplement de serrer les dents.

Et moi, ça, je n’en ai pas envie.


XV. L’anthropomorphisme

L’une des difficultés que je rencontre également avec certains propriétaires, c’est l’anthropomorphisme.

Les gens mettent énormément de sentiments humains autour de leurs chevaux et veulent parfois absolument que leur cheval « les aime ».

J’ai moi-même fait cette erreur. On peut facilement tomber dedans.

Mais il faut garder en tête qu’un cheval reste un cheval. Il est sensible, oui, mais il n'a pas la même vision d'attachement que nous. Il connaît la loyauté. Il connaît la communication.

Mais je ne pense pas qu’il fonctionne avec notre vision humaine de : « Je t’aime donc tu me dois quelque chose. Je t’aime donc je veux quelque chose de toi. »

Beaucoup d’humains pensent bien faire mais finissent par placer beaucoup trop de sentiments humains dans leur relation avec le cheval.

Pour moi, cela peut devenir extrêmement problématique.


XVI. Donner une nouvelle chance à certains chevaux

Le challenge que j’ai créé est finalement dans la continuité de ce que je fais depuis que je suis petite.

Quand j’étais jeune, avec mon père, j’avais déjà eu l’occasion de réhabiliter des chevaux de course.

Mon père les achetait pour un euro symbolique, je les remettais dehors, je les emmenais en balade, j’ai même fait un ou deux CSO avec l’un d’entre eux, puis nous les revendions.

J’avais adoré ça.

Ensuite, il y a eu l’Argentine et le travail avec les chevaux sauvages.

Lorsque je suis revenue ici, j’ai également sauvé plusieurs chevaux. Mais toute seule, acheter six ou sept chevaux les uns après les autres, ce n’était évidemment pas possible.

Je me suis alors demandé pourquoi aller chercher certains chevaux aux États-Unis alors que nous avions ici des chevaux qui pouvaient eux aussi être valorisés.

C’est comme ça que l’idée du challenge est née.

Le principe : confier des chevaux non ou très peu manipulés à plusieurs professionnels, qui disposent de quelques mois pour les faire évoluer, les éduquer et révéler leur potentiel. Plus qu’une simple compétition, le challenge permet de mettre en lumière différentes approches du débourrage, le savoir-faire des entraîneurs et surtout la progression de chaque cheval au fil des semaines.

L’objectif est de montrer le travail, de sensibiliser le public à ces chevaux et de rappeler que ce ne sont pas parce qu’ils sont sauvages, ONC, issus d’un marchand ou parfois dans un état peu flatteur au moment de leur achat qu’ils ne peuvent pas être de très bons chevaux.

Ce sont parfois de véritables pépites. Avec une bonne éducation, une alimentation adaptée et du soin, ils peuvent complètement évoluer.

Je trouve notamment très intéressant de montrer des « avant/après ».

Pour les professionnels participant au projet, je veux aussi m’assurer que le cheval pourra être correctement hébergé et que la personne possède le niveau nécessaire. Je demande donc des photos, des vidéos et des exemples de travail.

Cette année, j’ai un peu laissé le projet de côté, je l’avoue. Mais j’ai envie de m’y remettre réellement.

L’année prochaine, je souhaite revenir à un fonctionnement en présentiel. Je ne dévoile pas encore tout, mais quelqu’un qui compte énormément pour moi devrait également m’aider à donner un nouveau coup de boost au projet.

Ce format permet aussi de montrer l’éducation d’un cheval étape par étape.

Si les professionnels filment correctement leur travail, le public peut voir comment les différentes étapes se construisent.

J’aimerais que ce challenge puisse devenir un véritable rendez-vous annuel et que davantage de personnes lui donnent du crédit.

Surtout si cela peut permettre à de nouveaux chevaux de trouver leur famille.


XVII. « Toujours être le plus bête de la pièce »

Quel message j’aimerais faire passer ? Honnêtement, je n’en sais rien !

Je suis assez discrète sur ce que je fais. J’aime partager mon travail, mais je n’ai jamais eu envie de devenir influenceuse.

Ce qui me tient à cœur, c’est de préserver la sensibilité du cheval.

Je trouve dommage d’utiliser des techniques qui peuvent être rapides et efficaces, je ne dis pas le contraire, mais qui finissent par casser cet œil curieux, cet œil vivant, cette envie de travailler avec nous.

Ça, ça me rend malade.

Et je ne prétends pas être parfaite. Je fais des erreurs. J’ai déjà perdu mes moyens avec un cheval. J’ai déjà été trop dure parce que je n’avais pas compris ce qui se passait ou parce que j’étais frustrée.

Cela arrive.

Je pense qu’il ne faut pas non plus diaboliser systématiquement le fait qu’un humain puisse commettre une erreur.

La chose importante est de savoir se remettre en question. Toujours vouloir évoluer.

Toujours chercher à s’entourer de personnes qui ont quelque chose à nous apporter.

On m’a dit un jour : « Il faut toujours être le plus bête de la pièce ». Pour moi, ça veut tout dire.

Il vaut mieux être entouré de personnes qui peuvent nous apprendre des choses, nous tirer vers le haut et nous donner envie de devenir meilleurs.

Auprès des chevaux comme auprès des humains.

Dans un monde idéal, ce serait magnifique.


Un grand merci pour ce témoignage particulièrement complet, qui nous permet de découvrir le parcours derrière le Black Mountain Ranch, mais aussi une vision très personnelle du débourrage, du cheval partenaire et de la place que doivent conserver l’observation, le confort et la remise en question dans le travail.


Pour contacter Julie et le Black Moutain Ranch :

  • Facebook
  • Instagram
  • E-mail : blackmountainranch.ts@gmail.com
  • Localisation : Black Mountain Ranch, 81 660 Bout-du-Pont-de-Larn


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