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Maëva, créatrice du Tequila Ranch, cavalière western et éleveuse de Quarter Horses et Criollos

Ranch Eleveur
Maëva, créatrice du Tequila Ranch, cavalière western et éleveuse de Quarter Horses et Criollos

De ses premières années à cheval jusqu’à la création du Tequila Ranch, Maëva a construit son parcours autour d’une équitation dans laquelle elle recherche avant tout la relation avec le cheval, le partage et la simplicité.

Cavalière de disciplines de ranch et de reining, elle élève également quelques Quarter Horses et Criollos et porte un regard très personnel sur leurs différences, leur éducation et leur avenir. Un témoignage où se croisent chevaux marquants, travail quotidien, apprentissage et vision de l’équitation western.


I. « Alors adieu les culottes blanches et Welcome Wrangler »

Passionnée par les animaux depuis mon plus jeune âge, j’ai vécu dans le Loir-et-Cher, en Bretagne puis, depuis dix ans, dans la Sarthe.

Ma première expérience équestre s’est faite en centre équestre. Je devais avoir une dizaine d’années lorsque j’ai découvert le cheval, mais je me suis assez vite ennuyée : les cours étaient répétitifs. Je me suis donc tournée vers l’extérieur et les balades, déjà plus sympa.

J’étais cavalière de randonnée et d’équitation classique lorsqu’un jour j’ai rencontré des difficultés avec une jument. Sur conseil, elle est restée deux mois chez un horseman pour être travaillée.

C’est là que j’ai découvert l’équitation western.

À l’âge de 18 ans, en voyant le travail de ce horseman, j’ai très vite compris que cette façon de monter, rênes longues, sans artifices, me ressemblait beaucoup plus.

Alors adieu les culottes blanches et Welcome Wrangler !


II. Le Tequila Ranch, né d’une envie de partager

Pendant longtemps, je suis montée seule dans mon coin parce qu’il n’y avait pas de cavaliers autour de chez moi.

Je m’étais promis que le jour où je partirais pour une propriété plus grande, je créerais une association regroupant des propriétaires de chevaux comme moi, afin de ne plus laisser personne au bord de la route.

Je voulais un lieu où l’on puisse se retrouver et partager autour de cette passion qui nous anime.

Aujourd’hui, nous ne sommes qu’une petite vingtaine d’adhérents. Tout le monde se connaît et cela contribue à faire du ranch un endroit convivial.

L’ambiance est familiale, détendue et sans chichis. Ce sont des valeurs qui priment à mes yeux : le partage, la simplicité, l’échange et la bonne humeur.


III. Derrière le nom Tequila Ranch

Derrière ce nom se cache malheureusement une triste histoire, qui m’a énormément affectée et dont on ne se remet jamais vraiment.

Tequila était ma première Quarter Horse. Je l’ai eue lorsqu’elle avait 18 mois. À trois ans, elle est partie au débourrage chez un horseman de renom.

Elle n’en reviendra jamais. Elle est décédée à la suite d’un accident le 7 novembre 2017.

Le Tequila Ranch porte aujourd’hui son nom.


IV. Ranch Cow Work, reining et disciplines de ranch

Les activités proposées au ranch sont variées et nous nous adaptons à la demande ainsi qu’aux professionnels qui interviennent : Reining, Ranch Riding, Ranch Trail, Mountain Trail, travail du poulain…

Personnellement, je pratique beaucoup les disciplines de ranch mais également le reining. Un coach vient une fois par mois au ranch.

La discipline que j’affectionne particulièrement est le Ranch Cow Work. J’aime voir mon cheval travailler sa vache.

Le reining nous enseigne les manœuvres ; la vache donne un sens à tout ça.


V. « Si à la fin du pattern il y a la petite caresse… PERFECT »

Chez un bon cavalier western, ce que je regarde avant tout, c’est sa façon de se comporter avec son cheval.

Après vient bien sûr la qualité de son travail et celle du cheval…

Mais si, à la fin de son pattern, il y a la petite caresse pour son cheval, alors : « PERFECT » !

Un cheval qui va en compétition doit maîtriser ses manœuvres et les acquis techniques travaillés à l’entraînement. Mais il doit également être confortable et serein face à un environnement nouveau, et apprendre à gérer son stress.

La progression de mes juments passe avant tout par un bon coach, régulier, qui nous connaît bien, et par un bon suivi avec un professionnel. Il nous laisse des exercices à travailler afin de continuer à progresser en son absence.

J’essaie de travailler deux fois par semaine, mais ce n’est pas toujours possible entre le boulot, le ranch, etc.

Ma philosophie est assez simple :

Je fais ce que je peux, mais bien. Après, je ne suis pas pro, alors pas d’obligation.

Chaque jument est différente, mais je commence toujours mes séances par une bonne détente, que ce soit avec une pouliche ou une adulte.

Une bonne détente pour avoir un bon travail qui suit.

Ce qui me motive dans notre travail, c’est d’acquérir davantage de technique pour avoir un cheval encore plus disponible, avec plus de moyens, et continuer à progresser.

Mais en gardant toujours en tête que mon cheval est mon partenaire avant tout : l’objectif est aussi de lui donner les moyens d’être encore mieux dans son corps et dans sa tête.


VI. Un petit élevage personnel

J’ai la chance d’avoir mon petit élevage personnel.

J’ai notamment une jument Quarter Horse de reining qui, malheureusement, a été cassée par un « pseudo entraîneur ». Cela montre aussi toute l’importance du choix de son entraîneur.

Elle est depuis devenue poulinière et a donné naissance à deux poulains Quarter Horse : une pouliche de deux ans et un poulain de trois mois, tous les deux du même père.

Dans mes choix, j’associe mental, morphologie et compétences.

Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre pour voir ce que cela donnera en piste.

Côté Criollos, ma Criolla m’a donné une magnifique pouliche Criolla de trois ans, que je commence à travailler sous la selle.

Elle a un fort caractère, mais c’est aussi ce qui fait toute sa force mentale.

Que ce soit pour les Quarter Horses ou pour les Criollos, nous avons tous nos critères. Je connais mes poulinières : à moi d’aller chercher chez l’étalon ce qui leur manque pour répondre à mes exigences.


VII. « Un Criollo, ça se mérite »

Pour moi, Quarter Horse et Criollo sont très différents.

Le Quarter Horse possède un mental équilibré et un tempérament froid. On peut le faire monter en pression, mais il redescend aussi vite. C’est un cheval facile, ce qui ne l’empêche pas d’être énergique et de toujours répondre présent lorsqu’on lui demande quelque chose.

Le Criollo, c’est autre chose. Un Fort caractère.

Comme je le dis souvent : « Un Criollo, ça se mérite. Ce n’est pas un cheval qu’on achète, c’est un cheval qui nous choisit. On doit lui montrer qu’on est digne de lui ». Le Criollo n’est pas un cheval pour tout le monde.

À l’état sauvage, il vit dans la pampa, avec peu d’herbe. Il se nourrit de peu et grossit de rien.

Mais une fois sa confiance accordée, il vous emmène au bout du monde.

Courageux, vaillant, calme, équilibré, intelligent, brave, fiable, avec le pied sûr… Il faut avoir un Criollo pour comprendre tout cela.

Toutes ces qualités en font un bon cheval de ranch. Il a le cow sense.


VIII. « Le Criollo est mon cheval de cœur »

Le Criollo est mon cheval de cœur.

Et pourtant, avec ma première Criolla, j’en ai sué !

J’ai souvent voulu abandonner parce que c’était trop compliqué pour moi. Heureusement, j’ai su m’entourer de bons professionnels.

Aujourd’hui, pour rien au monde je ne changerais.

J’ai tellement appris...


IX. L’éducation commence très tôt

Je ne juge jamais un poulain dès ses premiers mois. Pour moi, c’est beaucoup trop tôt.

En revanche, son éducation commence dès les premiers jours. Ici, les poulains voient le maréchal tous les deux mois et, dès leur premier mois, ils apprennent la pose et le retrait du licol. Il y a également les soins du nombril, le vermifuge, le sérum, etc.

Ils restent en troupeau et sont touchés tous les jours.

Pour le sevrage, je fonctionne à environ un an pour les pouliches et sept à huit mois pour les poulains. Leur mère quitte alors le ranch pendant trente jours afin de tarir.


X. Une relation bouleversée par le sevrage

La relation avec une petite Criolla m’a particulièrement marquée.

De sa naissance à ses un an, nous étions très fusionnelles. Puis est venu le moment du sevrage et cela a tout cassé entre nous.

J’ai retrouvé une petite Criolla différente : agressive, violente et dangereuse. J’ai dû me faire aider pour poursuivre son éducation.

Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre, même si son caractère peut encore parfois l’emporter sur la raison…

Elle va grandir, mûrir.

Pour les deux races, l’éducation reste finalement la même : s’en occuper avec beaucoup d’amour.

Les Quarter Horses partiront à l’entraînement vers deux ans et demi, voire trois ans. Les Criollos restent avec moi et participent à des stages un peu partout les week-ends.


XI. Arrêter de faire naître pour vendre

Pour moi, l’élevage de Quarter Horses et de Criollos s’arrête là.

Lorsqu’on fait naître pour vendre, les gens n’ont pas toujours idée de ce que cela coûte : les paillettes, l’insémination, le forfait échographie vétérinaire, une bonne alimentation pour la poulinière, les CMV, la naissance, les déclarations en France et aux États-Unis, les tests panels, les papiers…

Vendre un poulain de qualité 4 000 €, ça ne paie pas grand-chose. Alors autant faire naître pour soi : au moins, on ne perd pas d’argent.

J’ai maintenant ma relève en Quarter Horse et en Criollo, donc cela me va.

Avec la conjoncture actuelle, vendre signifie également ne pas savoir ce que les chevaux vont devenir. Peut-être seront-ils revendus et finiront-ils un jour dans le mauvais camion…

Il y a bien assez de malheureux pour faire le bonheur de quelqu’un. Et pour moi, cela vaut pour tous les animaux.


XII. « L’équitation western, ce n’est pas que du show »

Je trouve que l’équitation western prend un peu plus de place dans le monde du cheval.

Des salons comme Angers ou Equita Lyon permettent au public de découvrir différentes disciplines western.

On peut aussi observer certaines mentalités changer. Voir par exemple des cavaliers qui, après avoir participé à un stage avec un horseman, deviennent davantage à l’écoute de leur cheval, ça c’est super.

Mais l’équitation western, comme l’équitation classique, subit aussi de plein fouet la crise économique. Cela se ressent dans les cours, dans les stages, mais également dans la vente des chevaux. Nous avons du mal à remplir certains stages…

En France, nous pouvons aussi assister à des shows organisés par différentes structures. Il y a du level…

Cela nous prend toujours autant les tripes, surtout lorsque l’on connaît le nombre d’heures de travail que cela représente, aussi bien pour le cavalier que pour son cheval.

Mais l’équitation western, ce n’est pas que du show. C’est tout un travail, une complicité avec son cheval. On apprend tous les jours.

C’est également une équitation où l’on prend plaisir à se retrouver et à partager dans une bonne ambiance. Certains endroits sont parfois un peu plus fermés, mais cela reste une expérience, et nous avons le choix : l’équitation western est riche de structures.


XIII. Des journées qui commencent à 5 h 30

Mes journées commencent tôt.

Le matin, je me lève à 5 h 30 : foin pour le service EHPAD - et oui, je garde mes chevaux jusqu’à leur fin de vie - puis grains et foin pour les poulinières et les poulains, CMV et foin au râtelier.

Tous les moments passés à leurs côtés sont des moments à nous.

Des moments de détente qui permettent d’oublier tous les tracas du quotidien.


XIV. Un projet de manège qui ne verra pas le jour

J’avais également pour projet de construire un manège couvert.

Malheureusement, il ne verra pas le jour.

Visiblement, ma commune n’accorde pas d’importance aux chevaux. Je trouve cela bien dommage, car cela aurait permis de créer un emploi et de faire le bonheur des enfants. Les demandes que j’ai sont incroyables.


XV. « Pensez à vous »

À cinquante ans passés, j’aimerais commencer à penser un peu à moi et cesser de toujours penser aux autres.

Sans doute une forme d’égoïsme quand on se sent vieillir…

J’ai envie de profiter pleinement de mes pouliches, de faire encore plus de stages et de concours.

Et aussi de gagner davantage d’argent, parce que tout cela coûte cher !

Mais s’il y avait un message à transmettre, ce serait celui-ci :

Pensez à vous. Profitez de chaque instant que vous offre la vie auprès de vos chevaux. Les années passent vite…

L’équitation western est une belle équitation.

Entourez-vous de bons professionnels et prenez du plaisir.


Un grand merci à Maëva d’avoir pris le temps de partager avec EWF son parcours, l’histoire du Tequila Ranch, son expérience avec les Quarter Horses et les Criollos, ainsi que sa vision très personnelle de l’équitation western et du travail avec les chevaux.


Pour la contacter :

  • Facebook :Maëva Pécault
  • Facebook :Téquila Ranch
  • Mail : tequilaranch72@hotmail.com
  • Tél : 06 72 88 93 89
  • Localisation : Téquila Ranch, 72 510 Mansigné.


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