Je m’appelle Damien Lambert, originaire de Bordeaux, photographe et vidéaste depuis 2019, spécialisé dans l’équitation western. Je couvre principalement des concours : ranch sorting, team penning, barrel racing et rodéo, mais je réalise aussi des portraits de cavaliers, des photos et vidéos de chevaux destinées à la vente, ainsi que des contenus pour les ranchs, fermes, marques et boutiques, sans oublier des projets de fine-art liés à la culture western.
Mon approche est très terrain : comprendre la discipline avant de photographier, anticiper les instants clés, rester discret pour ne pas perturber les chevaux, et créer des images lisibles, capables de parler autant aux cavaliers qu’au grand public.

Ton lien avec l'équitation western ?
À la base, je viens du CSO et je connaissais peu le monde western. J’ai véritablement découvert cet univers après mon déménagement au Brésil, en fréquentant le ranch du père de mon épouse, dans l’État de Minas Gerais.
C’est une région profondément rurale, où les fermes et les haras structurent le paysage, et où le cheval de travail fait partie intégrante du quotidien. Là-bas, le cheval est avant tout un partenaire indispensable au travail avec le bétail. Le ranch de mon beau-père, le Montana Ranch, est un élevage de Quarter Horses orienté vers le cutting et le ranch sorting. J’y ai découvert un univers très concret : la génétique, la poussière, les gestes précis, les décisions rapides, et une relation directe entre l’homme, le cheval et la vache.
Mon premier véritable contact avec l’équitation western a eu lieu lors d’une épreuve organisée dans un haras voisin du ranch de mon beau-père. Tous les week-ends, ils y organisaient des "bolões", des épreuves informelles, mais très conviviales et intenses. Le principe est simple : tous les participants s’inscrivent en payant, et l’équipe gagnante remporte l’ensemble du pot. Cela crée une ambiance particulière, avec du public autour de la piste, beaucoup de pression, de rythme et une vraie énergie.
La discipline était le team penning, très présent il y a quelques années. Un numéro de vache est annoncé, trois cavaliers partent à pleine vitesse, identifient les bonnes bêtes et doivent les ramener le plus rapidement possible dans un petit enclos. Tout se joue en quelques secondes.
L’ambiance était incroyable. C’est ce jour-là que je me suis dit que le team penning offrait un potentiel visuel énorme : des mouvements puissants, une intensité permanente, une interaction forte entre le cheval, le cavalier et la vache. C’est à ce moment précis que j’ai réellement accroché à l’équitation western.
Ce qui me passionne le plus dans l’équitation western, c’est la combinaison entre la vitesse, la précision et la culture propre à chaque discipline. Je ne suis pas expert de l’ensemble du western, mais les disciplines que je pratique et couvre régulièrement : team penning, ranch sorting, barrel racing, et depuis cette année le rodéo et le bronc sont d’une richesse incroyable à photographier.
Dans les disciplines avec le bétail, ce qui me fascine, c’est la lecture et la réactivité : aller chercher une vache rapidement, choisir le bon angle, maintenir la pression sans désorganiser le troupeau. En ranch sorting, s’ajoute la notion de travail en duo, où chaque décision doit être prise très vite, tout en contrôlant le troupeau pour éviter qu’il ne repasse de l’autre côté.
Le barrel racing est également une discipline qui me fait particulièrement vibrer. D’abord par ses origines et la place centrale qu’elle donne aux cavalières, mais aussi pour son intensité visuelle : la vitesse pure, les trajectoires serrées, les changements d’appuis, la puissance du cheval. En photo comme en vidéo, chaque run est explosif et ne laisse aucune place à l’erreur.
Plus largement, ce milieu offre une dimension de "vraie vie" que je retrouve rarement ailleurs : les instants de préparation, la concentration avant d’entrer en piste, les échanges autour du bétail, les détails de matériel, les scènes de paddock et de ranch. C’est cet ensemble de sport, culture et quotidien qui rend l’équitation western si passionnante à raconter en images.
L'origine de la photo et la vidéo ?
J’ai toujours aimé la photo, au départ de manière très simple, avec mon téléphone. Puis, c'est avec mon épouse qui est passionnée de voyages que j’ai acheté un premier appareil semi-professionnel pour photographier nos déplacements et créer du contenu. Progressivement, les images ont circulé et j’ai reçu mes premières demandes professionnelles. Cela m’a amené à investir dans un boîtier professionnel et à travailler sur des projets variés : hôtels, agences de voyage, mode, marques de vêtements ou encore cosmétique.
C’est réellement à partir de mon installation au Brésil que la photo et la vidéo ont pris une place centrale dans mon parcours. En étant immergé dans l’univers du ranch et de l’équitation western, j’ai naturellement orienté mon travail vers ce milieu. J’ai compris que je ne voulais plus simplement produire des images, mais raconter un univers, une culture et un rapport au cheval très spécifiques.
J’ai choisi de me spécialiser exclusivement dans l’univers équestre western parce que j’ai eu la chance de le vivre de l’intérieur, au contact quotidien des chevaux, du bétail et des compétitions locales. Très vite, cet univers m’a pris au ventre. Il est à la fois brut et extrêmement riche visuellement : la poussière, la vitesse, les décisions instantanées, mais aussi les temps calmes, les regards, les attitudes. Photographier le western demande une véritable lecture : le timing, les placements, les expressions, et surtout la capacité à savoir quand déclencher... et quand ne pas le faire. Une fraction de seconde peut complètement changer le sens d’une image.
Ce choix est aussi profondément lié à mon amour des animaux, pas uniquement des chevaux, mais également du bétail. Dans le western, chevaux et vaches font partie d’un même écosystème de travail. Le cheval est un véritable partenaire, et le respect de l’animal, quel qu’il soit, est au cœur de la pratique quotidienne.
De manière naturelle, ma passion pour la photographie, mon attachement aux animaux et la découverte du monde western m’ont conduit à m’y consacrer exclusivement.

Ton agence, CADA Media ?
Le nom CADA est né naturellement. Il rassemble les prénoms de Carol, mon épouse et Damien, moi-même (CA et DA), mais fait aussi écho au mot "cada" en portugais, qui signifie "chaque". Pour nous, cela représente l’idée de chaque média, chaque projet, chaque histoire, traités avec la même attention.
La philosophie de CADA Media repose sur une approche très terrain, guidée par la passion, la compréhension des disciplines et le respect des acteurs comme des animaux. Nous cherchons à produire des images sincères, lisibles et cohérentes, capables de mettre en valeur les compétences, la vision et l’engagement de chacun.
Notre objectif est double : aider les acteurs du western à développer leur activité grâce à une image professionnelle, tout en contribuant à faire découvrir cet univers au grand public, de manière authentique et respectueuse.
De la vie de ranch au Brésil à la folie des événements western, j’ai construit mon parcours sur le terrain, porté par une passion qui m’a pris au ventre, pour raconter une authenticité équine sublimée par l’élégance western.
Ton départ au Brésil ?
Ce choix n’était pas stratégique, mais personnel. Mon épouse est brésilienne et, après plusieurs années en France, elle avait besoin de revenir à ses racines. Passer d’un monde rural, avec ses chevaux, ses compétitions et sa vie de ranch, à une ville comme Bordeaux a été un vrai changement pour elle. Elle voulait retrouver sa famille, son univers et aussi me le faire découvrir.
En m’installant au Brésil, j’ai été, dès mon arrivée, plongé très naturellement dans un environnement de ranch, où les chevaux, les vaches et la nature font partie intégrante du quotidien. Ce n’était pas un décor, mais un mode de vie réel, vécu chaque jour. En tant que photographe, c’était une opportunité unique : être au bon endroit, au bon moment, avec un accès direct au terrain, aux chevaux, au bétail et aux compétitions locales quasi quotidiennes. Le Brésil m’a offert un contexte idéal pour développer ma spécialisation, affiner mon regard et m’immerger totalement dans l’univers western.
C’est aussi un pays où les chevaux et les compétitions gagnent de plus en plus de visibilité à l’échelle internationale notamment aux USA, ce qui a renforcé encore davantage mon envie de m’y investir pleinement.
J’y ai découvert une culture western qui fait réellement partie du quotidien, avec une identité brésilienne forte. Au Brésil et particulièrement dans l’État de Minas Gerais, connu pour ses fermes et son caractère très rural le ranch, les chevaux, le bétail et les concours font partie de la vie de tous les jours. Il y a aussi une énergie très brésilienne autour des compétitions : beaucoup d’intensité, de public, de partage et un vrai esprit de fête, tout en restant très sérieux sur le travail du cheval et du bétail. C’est un monde western vivant, ancré dans la région, avec un rythme et une manière de faire qui lui sont propres.
Le Brésil a entièrement construit ma vision de l’image western, tout simplement parce que c’est là-bas que j’ai découvert cet univers. Je ne connaissais pas le western avant : c’est au Brésil que j’ai appris à le voir, à le comprendre et à le photographier. Mon regard s’est donc formé à partir de la réalité du ranch, du travail quotidien avec les chevaux et le bétail, des compétitions locales et de l’énergie autour des pistes. Aujourd’hui encore, mon image western est directement influencée par cette première immersion, très terrain et très concrète.
La grande différence avec la scène western Européenne, c’est que le western est beaucoup plus présent et ancré dans la culture au Brésil, notamment parce que l’on reste sur le continent américain. Cet univers fait partie du quotidien, il est visible partout, et fortement nourri par la culture western américaine, très consommée et assumée. En Europe et en France en particulier, où j’ai grandi, la culture équestre est historiquement plus tournée vers les disciplines classiques et le CSO. Le western y est moins répandu, mais il existe un très grand potentiel de développement. De plus en plus de cavaliers s’y intéressent, changent de discipline et découvrent cet univers.
C’est justement ce qui nous motive, avec mon épouse, à montrer aux Brésiliens que cette culture existe aussi en France et en Europe, et qu’elle mérite d’être connue. À travers nos contenus sur les réseaux sociaux et nos vlogs, notre envie est de faire découvrir cette scène western européenne, encore trop peu visible à l’international.

La couverture d'événements au Brésil ?
L’événement le plus important que j’ai couvert est Expomontes, Exposição Agropecuária de Montes Claros, l’un des plus grands événements agro/western du nord du Minas Gerais et de tout l’État, qui rassemble environ 350 000 visiteurs sur 11 jours.
J’y étais photographe officiel des compétitions western, notamment en team penning, ranch sorting et barrel racing. Cela m’a permis de travailler sur des épreuves d’envergure, avec de nombreux participants, et de comprendre de l’intérieur l’organisation d’un grand événement western : le rythme, la gestion des compétitions et les attentes des cavaliers comme des organisateurs. Une expérience très formatrice.
En parallèle, j’ai aussi couvert de nombreux événements locaux concours de team penning, de ranch sorting et barrel racing, des bolões ainsi que la vie quotidienne de ranchs orientés vers l’élevage et le travail du bétail.
Ce qui m’a le plus marqué, c’est la dimension humaine du monde western au Brésil. Les compétitions et la vie de ranch ne concernent pas seulement les cavaliers : ce sont souvent des familles entières qui sont impliquées, des parents aux enfants, avec une vraie notion de transmission.
On sent que ce monde se construit dans la durée, avec des valeurs partagées, un apprentissage qui se fait très tôt et une relation simple mais forte avec les chevaux et le bétail. Ce n’est pas uniquement de la performance, c’est un mode de vie. Cette dimension humaine m’a beaucoup marqué et m’a appris à regarder le western autrement, aussi bien dans ma manière de travailler que dans ma façon de raconter cet univers à travers l’image.
Ton retour en Europe ?
Ce choix de revenir est né du croisement de deux éléments, dont l’un a été particulièrement déterminant.
Le premier, et le plus fort, est venu de mon expérience au Brésil. En tant que photographe western français là-bas, beaucoup de Brésiliens me disaient que, selon eux, la France était presque exclusivement tournée vers le CSO, et qu’il n’existait ni ranchs western, ni véritables compétitions en Europe. Cette vision revenait très souvent, alors même que de nombreux Brésiliens sont présents dans le rodéo français. Cela m’a fait prendre conscience d’un vrai manque de visibilité du western français à l’international, alors qu’il existe bel et bien, avec de bons cavaliers, de bons chevaux, des événements structurés et une vraie culture.
Le second élément est plus personnel : mon épouse avait envie de découvrir l’Europe et de voyager. Nous avons alors décidé de combiner ces deux envies en achetant et en aménageant un van. Ce mode de vie nous permet aujourd’hui de parcourir l’Europe, d’aller à la rencontre des ranchs, des fermes, des compétitions et de mes clients, tout en ayant tout mon matériel avec moi.
Ce retour en Europe est donc devenu un projet à part entière : faire découvrir le western français et européen au public brésilien, voyager à travers différents pays, et m’impliquer pleinement comme acteur du milieu western ici, sur le terrain, au plus près des gens et des chevaux.
Ce retour m’a amené à travailler de manière plus structurée et plus mobile, mais aussi avec une vraie phase de reconstruction sur le marché européen. N’étant pas encore connu ici, j’ai besoin de prendre le temps de me présenter, de prospecter et de créer des liens avec les acteurs du milieu.
Le fait de voyager avec notre van aménagé change aussi beaucoup de choses : je peux rester plusieurs jours sur les événements, prendre le temps d’observer, et j’ai toujours tout le matériel nécessaire avec moi. Cela me permet de travailler de façon plus sereine, plus autonome, et surtout plus proche du terrain.
Tes méthodes lors des événements ?
Je me prépare comme un "repérage de run", pas comme un simple shooting. Un peu avant, je regarde le programme, les disciplines si plusieurs, les horaires et surtout l’une des choses les plus importantes pour moi, la lumière (carrière, manège, orientation). J’échange aussi avec l’organisateur sur les attentes : communication, sponsors, images “résumé”, portraits, remise des prix, etc.
Sur place, j’arrive en avance, généralement 2 jours, pour faire le tour : fonds, zones d’action, accès, sécurité, et je choisis mes placements selon la discipline. Ensuite je fonctionne au rythme du concours : anticiper, déclencher au bon moment, rester discret, et livrer des images professionnelles, à l’image de l’événement et surtout le plus rapidement possible.
Sur un événement, je cherche d’abord la justesse : une image qui raconte vraiment ce qui se passe. L’action est importante, évidemment, mais si elle n’est pas lisible ou si l’attitude n’est pas bonne, ça ne sert à rien. L’émotion, je la capte surtout dans les micro-moments : avant d’entrer en piste, après un run, une caresse, un regard, un souffle. Donc si je devais résumer : authenticité + timing, et l’émotion vient avec.
Sur un shooting privé ou en fine-art, c’est très différent. Là, je suis clairement dans une recherche d’émotion avant tout. Je travaille beaucoup les gestes, la lumière, le rythme, les silences, et tout ce qui permet de créer une image plus intime et plus forte visuellement.
Je m’intéresse de plus en plus à une approche fine-art du cheval, avec des fonds sombres, des jeux de lumière maîtrisés et une mise en valeur presque sculpturale de l’animal. C’est un axe que je souhaite développer fortement pour cette nouvelle année 2026, pour proposer un travail plus artistique, en parallèle de l’événementiel et du reportage. Dans ce cadre, je ne cherche pas simplement une belle photo, mais une image qui raconte une présence, une force, une élégance, et une relation profonde avec le cheval.
Pour capter l'essence d'un couple cavalier / cheval : J’aime d’abord connaître l’histoire du couple. Savoir depuis quand ils travaillent ensemble, ce qu’ils ont vécu, leurs difficultés, leurs objectifs. C’est presque invisible pour le spectateur, mais pour moi, cette histoire crée une sorte de scénario intérieur. Elle nourrit mon regard et décuple ma créativité : je ne photographie plus seulement un cheval et un cavalier, mais un lien.
Sur un événement, c’est différent. Il n’y a pas forcément besoin d’histoire racontée à l’avance, parce que le lien est visible immédiatement. Le cavalier et son cheval partagent un objectif commun : réussir l’épreuve. Cette tension, cette concentration, cette confiance mutuelle créent naturellement une essence très forte, presque magique.
En barrel racing, par exemple, on voit cette connexion de manière flagrante. Lors du tour du baril, le cheval et le cavalier sont en harmonie totale : les trajectoires, les appuis, les expressions sont parfaitement alignés pour aller le plus vite possible. À ce moment-là, tout est connecté, et quand on déclenche au bon instant, l’image parle d’elle-même.
Mon rôle, c’est d’être suffisamment attentif et discret pour capter ces secondes où le lien devient visible, sans jamais le forcer.
Une image western réussie, c’est une image vraie. On doit sentir la poussière, l’intensité, le geste utile, la relation au cheval… et comprendre ce qui se passe en une seconde. Techniquement, il faut une bonne attitude, une lecture claire, un fond propre. Mais surtout, il faut que ça raconte : un sport, une culture, une scène de ranch et pas une simple pose.
De mon expérience au Brésil, j’ai gardé une approche très terrain : arriver tôt, observer, comprendre le rythme de la journée et me placer sans gêner le travail des chevaux ou des cavaliers. Je m’inspire aussi beaucoup de cette manière brésilienne de vivre les compétitions, avec plus de proximité, d’échanges et une vraie attention portée à ce qui se passe autour de la piste, pas seulement pendant l’épreuve. C’est une influence que j’applique encore aujourd’hui dans ma façon de travailler et de raconter le western en images.

L'importance du décor ?
Sur un événement, l’ambiance et le décor sont déjà essentiels, parce qu’ils donnent le contexte : la poussière, les barrières, les coulisses, les paddocks, les détails de matériel, le public. Ce sont ces éléments qui permettent de comprendre où l’on est et de raconter autre chose que la simple performance en piste.
Mais sur des shootings pour les ranchs ou les professionnels du milieu, l’ambiance devient encore plus centrale. Pour moi, une image ne se résume jamais au premier plan. Le décor, la lumière, l’environnement racontent autant que le sujet. Dans un reportage photo ou vidéo pour un ranch, l’objectif est de plonger le spectateur dans une atmosphère : qu’il puisse presque sentir la poussière, entendre les bruits, et s’immerger totalement dans cet univers western.
C’est particulièrement vrai pour la promotion d’un ranch ou d’une activité. En Europe, et encore plus en France, cet univers reste peu commun. L’ambiance visuelle joue donc un rôle clé pour faire voyager le public, transmettre une identité forte et créer une vraie immersion.
Pour les shootings produits, le décor est aussi fondamental. Mettre un produit en valeur par un environnement cohérent lui donne du caractère, du sens et du cachet. Le décor ne sert pas à distraire, mais à renforcer l’image et à raconter une histoire autour du produit.
Au final, que ce soit en événement, en reportage ou en shooting dédié, l’ambiance est un pilier de mon travail : c’est elle qui transforme une image en expérience visuelle.
La cohabitation avec les chevaux ?
Idéalement, j’aime être au contact du cheval quand c’est possible. Prendre le temps de le caresser, de me présenter, de lui montrer que je suis là et qu’il peut avoir confiance. Cela peut paraître anodin, mais pour moi c’est essentiel. Je montre aussi toujours la caméra, et surtout l’objectif, souvent imposant : je laisse le cheval sentir, observer, entendre le bruit du déclenchement. Il comprend ainsi que ce n’est rien de dangereux.
Par exemple, je n’utilise pas de flash sur les disciplines que je couvre, car les chevaux n’y sont généralement pas habitués et on n’a ni le temps ni le cadre pour les familiariser avec des déclenchements lumineux forts. Ce n’est pas le cas dans des disciplines comme le reining, où l’usage du flash est beaucoup plus répandu et où les chevaux sont souvent habitués à ce type de conditions.
Je fais très attention à mes déplacements pour ne gêner ni le cheval, ni le cavalier, ni le bétail notamment en ranch sorting, où certains angles ou mouvements peuvent surprendre les chevaux. Quand je bouge, je le fais uniquement à des moments clés, en essayant de me faire oublier. Je préfère largement anticiper une action plutôt que courir après une image.
Le cheval reste toujours la priorité. Si je sens que ma présence peut perturber et cela m’est déjà arrivé, je change immédiatement de place ou je prends plus de distance. Une bonne image ne vaut absolument rien si elle met le cavalier ou son cheval en difficulté.

Les différences entre les disciplines ?
Chaque discipline a son rythme et ses moments clés, et il faut adapter son placement et son timing.
En team penning et ranch sorting, tout se joue très vite. Je cherche surtout la lecture de la situation : la pression sur la vache, les trajectoires, la coordination entre les cavaliers. L’anticipation est essentielle pour obtenir des images lisibles sans perturber le troupeau.
En barrel racing, l’approche est différente : je travaille la vitesse, les trajectoires serrées et surtout la connexion entre le cavalier et son cheval. Les expressions sont très fortes, notamment autour du baril, et c’est là que l’image devient vraiment parlante.
En rodéo et bronc, je suis attentif à l’explosivité, aux attitudes et à la sécurité. Tout est très intense et très rapide, il faut être prêt à déclencher au bon instant sans jamais gêner l’action.
Dans tous les cas, je m’adapte à ce que la discipline raconte, sans jamais forcer l’image.
Et la vidéo ?
La photo reste le cœur de mon métier et de mon regard. C’est mon premier langage, celui avec lequel je suis le plus instinctif. Mais aujourd’hui, la vidéo est devenue un outil de communication incontournable, en particulier dans l’univers western où l’ambiance, le mouvement et le son jouent un rôle majeur.
Avec l’essor des formats courts et de la communication digitale, je me suis formé spécifiquement à la vidéo et j’ai investi dans du matériel dédié. Je produis aussi bien des formats courts, dynamiques et immersifs pour les réseaux sociaux que des vidéos plus longues, pensées comme de véritables spots publicitaires ou films de présentation.
La création vidéo est un vrai défi que j’apprécie particulièrement. Elle demande un travail important en amont : réflexion stratégique, écriture d’un concept ou d’un script, choix des plans, rythme, puis une post-production poussée, notamment sur le sound design, qui joue un rôle clé dans l’impact final.
C’est pour cette raison que la vidéo représente un budget différent : la préparation, la production et la post-production sont bien plus conséquentes que pour une simple couverture photo. En revanche, en termes de visibilité, d’impact publicitaire et de valorisation d’un ranch, d’un événement ou d’une marque, la vidéo permet aujourd’hui de créer une connexion beaucoup plus forte avec le public et d’installer durablement une image professionnelle.
De plus, lorsque le lieu s’y prête et que j’ai toutes les autorisations nécessaires, le drone est un outil extrêmement précieux, surtout dans le cadre de reportages photo et vidéo pour des ranchs ou des fermes. Il permet de prendre de la hauteur et de montrer ce qu’on ne peut pas percevoir depuis le sol : l’ampleur d’un domaine, l’organisation des installations, les champs, les carrières, les pâtures et leur environnement naturel. Pour un professionnel, c’est un vrai levier de valorisation, car cela donne immédiatement une dimension plus grande et plus immersive à son activité.
Utilisé avec cohérence, le drone apporte une lecture globale du lieu et renforce fortement l’impact d’un reportage. Il permet au spectateur de comprendre l’échelle, le cadre et l’identité du ranch, et de s’y projeter. C’est un vrai plus pour la communication, notamment lorsqu’il s’agit de présenter un domaine ou de développer sa visibilité.
L'adaptation aux professionnels ?
Je pars toujours de l’objectif du professionnel : vendre, communiquer, recruter, valoriser une activité ou développer sa visibilité. À partir de là, j’adapte entièrement ma production photo et vidéo.
Pour un éleveur ou un vendeur de chevaux, je propose des images claires et professionnelles : photos de conformation, attitudes justes, mises en situation, mais aussi des vidéos courtes ou plus complètes pour les annonces, les réseaux sociaux ou les contacts internationaux. L’objectif est de rassurer, de valoriser le cheval et de faciliter la vente.
Pour un ranch ou une ferme, je travaille davantage en reportage photo et vidéo. Je construis un ensemble cohérent qui montre le lieu, l’ambiance, les installations, les chevaux, le travail quotidien et l’identité du domaine. L’idée est de créer un contenu durable, utilisable sur le site internet, les réseaux sociaux, les supports de communication et la publicité, afin de renforcer l’image et d’attirer clients, stagiaires ou partenaires.
Pour une association ou un organisateur d’événement, je produis des contenus pensés pour la communication : images d’action, ambiance, coulisses, partenaires, moments forts. Le but est de donner de la visibilité à l’événement, de valoriser les sponsors et de construire une image solide pour les éditions futures.
Enfin, pour les cavaliers, j’adapte le travail selon leurs besoins : souvenirs forts, communication personnelle, sponsors ou image professionnelle. Chaque contenu est pensé pour être à la fois esthétique et utile.
Dans tous les cas, je ne livre pas simplement des images, mais des outils de communication, pensés pour aider concrètement les professionnels du milieu western à développer leur activité.

L'AFET et le ranch sorting ?
Ce que j’aime particulièrement dans le ranch sorting, c’est que c’est une discipline très stratégique. On travaille dans un espace restreint, avec deux cercles, donc il faut aller vite… mais surtout être très précis, et savoir lire le bétail. L’anticipation est permanente : comprendre comment le troupeau va réagir, où la vache va tenter de passer, et comment le cheval doit se placer au bon moment.
Ce que je trouve vraiment fort, c’est la connexion : on n’a pas seulement un couple cavalier/cheval, on a deux couples qui doivent être parfaitement coordonnés. Aller vite sans "faire éclater" le troupeau, maintenir la pression, gérer l’équilibre entre contrôle et vitesse… c’est extrêmement riche, et chaque run raconte quelque chose de différent. C’est une discipline que j’apprécie beaucoup, et je suis très reconnaissant de pouvoir la photographier grâce à l’AFET.
Le ranch sorting demande une grande anticipation. Il faut comprendre le jeu avant qu’il ne se déroule : quelle vache va être isolée, comment le troupeau va réagir, où se placer sans gêner. Il faut aussi faire très attention aux angles, car certains mouvements peuvent surprendre les chevaux ou le bétail. La lisibilité est primordiale : une bonne photo de ranch sorting doit permettre de comprendre immédiatement l’action, la pression exercée et la coordination entre les cavaliers.
Je souhaite transmettre l’image d’un sport technique, stratégique et respectueux du bétail et du cheval. À travers mes visuels, j’essaie de montrer que le ranch sorting n’est pas une discipline brute ou improvisée, mais un vrai travail de lecture, d’anticipation et de coordination entre deux cavaliers et leurs chevaux.
Mon objectif est aussi de rendre la discipline compréhensible visuellement, même pour quelqu’un qui ne la connaît pas. Une bonne image doit permettre de lire l’action, de comprendre la pression exercée sur le troupeau et la stratégie mise en place, sans jamais dénaturer la réalité du sport.
Enfin, j’accorde beaucoup d’importance à l’ambiance et à l’esprit des événements : la convivialité, le respect, la passion. Montrer cette atmosphère fait partie intégrante de l’image que je souhaite transmettre du ranch sorting. Oui, clairement. L’image joue aujourd’hui un rôle essentiel. Beaucoup de personnes découvrent une discipline d’abord par une photo ou une vidéo. Des visuels clairs, dynamiques et professionnels permettent de mieux comprendre le ranch sorting, d’attirer de nouveaux cavaliers, mais aussi de séduire le grand public et les partenaires. L’image est un levier majeur pour la visibilité et la crédibilité d’un sport.
Travailler avec une association comme l’AFET représente avant tout une grande confiance et une vraie responsabilité. J’ai commencé à photographier pour eux en début d’année 2025, lors d’un concours organisé chez les Randals Bisons. Suite à cette première expérience, j’ai proposé d’accompagner l’AFET sur l’ensemble de leurs événements, et ils m’ont donné cette opportunité. Je leur en serai toujours reconnaissant.
Malheureusement, l’année 2025 a été fortement impactée par la DNC, entraînant l’annulation des concours. C’était une décision difficile mais totalement compréhensible, prise dans un esprit de responsabilité, pour protéger les agriculteurs et le bétail. Même dans ce contexte, j’ai pu mesurer le sérieux, la cohésion et les valeurs humaines de l’association.
Au-delà de l’aspect sportif, ce que j’apprécie énormément chez l’AFET, c’est leur volonté de structurer la discipline en France. Ils ont une vision globale : valoriser le ranch sorting, mettre en avant les cavaliers, les organisateurs et les sponsors, tout en maintenant une organisation solide, cohérente et respectueuse, sur différents ranchs et fermes.
Les personnes qui composent le bureau sont profondément investies, accessibles et passionnées. C’est une collaboration basée sur des valeurs communes, le respect du vivant et l’envie de faire grandir cette discipline. J’espère sincèrement qu’en 2026, ce travail portera ses fruits et permettra de développer encore davantage les événements AFET et de faire rayonner le ranch sorting en France et au-delà de l’Europe.
Ton point de vue sur l'équitation western en général ?
Je pense que l’équitation western en France est en progression constante. Chaque année, la culture western se développe, avec de plus en plus de concours, d’événements et de festivals qui gagnent en visibilité. Le western reste moins mis en avant que l’équitation classique, mais il existe aujourd’hui de vrais cavaliers western français, passionnés, engagés et très investis dans leur discipline.
Il y a encore parfois des idées reçues, notamment sur le bien-être animal. Certains spectateurs extérieurs se focalisent sur des détails visibles comme les éperons ou des actions de rênes mal interprétées sans forcément comprendre le contexte, la technicité et le respect qui encadrent ces pratiques. Pourtant, la grande majorité des cavaliers western ont une réelle préoccupation pour le bien-être du cheval et du bétail. Le cheval est un partenaire de travail, et sa santé, son confort et sa longévité sont essentiels.
À mon sens, l’enjeu aujourd’hui est de mieux valoriser cette image positive : montrer la réalité du terrain, le respect du vivant, la relation cheval-cavalier, et l’engagement des acteurs du milieu. Il existe une vraie volonté collective de faire évoluer et reconnaître le western français, et cela mérite d’être davantage montré et expliqué.
La scène française est peut-être plus petite qu’ailleurs, mais elle est très engagée, avec des acteurs passionnés. Cavalières, cavaliers, organisateurs, bénévoles : tout le monde est très investi. Il y a aussi une vraie diversité de disciplines, une montée en compétence technique et une ambiance souvent très conviviale sur les événements.
Les perspectives d'évolution ?
Je pense que l'on pourrait encore améliorer la visibilité globale. Beaucoup d’événements et de structures font un travail remarquable, mais manquent de contenus réguliers, cohérents et lisibles pour le grand public. Il faudrait davantage structurer la communication : raconter les disciplines, expliquer les règles, montrer les coulisses, et surtout utiliser plus efficacement la photo et la vidéo pour sortir du cercle des initiés.
C’est justement des initiatives comme EWF qui vont clairement dans le bon sens. Mettre en avant les différents acteurs du milieu à travers des interviews et des contenus dédiés permet de mieux expliquer les disciplines, de valoriser les personnes et de donner une image plus juste et plus humaine du western.
C’est ce type de communication, pédagogique et collective, qui peut réellement faire évoluer la visibilité de l’équitation western en France.
Dans ce cadre, l'image peut jouer un rôle central. Aujourd’hui, la photo et surtout la vidéo sont souvent le premier contact avec une discipline ou un événement. Elles permettent de donner envie, de comprendre et de se projeter, même lorsqu’on ne vient pas du milieu.
À travers des images fortes et lisibles, on peut à la fois valoriser les participants, offrir des contenus promotionnels aux sponsors, et toucher un public beaucoup plus large. La vidéo, en particulier, permet de transmettre l’ambiance, le rythme, la tension, et de susciter l’intérêt de personnes qui n’auraient peut-être jamais pensé venir voir un événement western.
Bien sûr, la communication écrite reste importante, mais le visuel est aujourd’hui le moteur principal. Une image ou une vidéo bien pensée peut faire découvrir une discipline, changer un regard, et donner envie de vivre l’expérience sur le terrain. C’est exactement là que la photo et la vidéo prennent tout leur sens dans le développement du western en France.
Cependant, même si je suis encore relativement récent dans le milieu western français, je ressens une vraie dynamique. De plus en plus de personnes en parlent, partagent, communiquent et s’impliquent pour faire connaître leurs disciplines, leurs événements ou leurs ranchs. On sent une communauté engagée, avec beaucoup d’acteurs qui donnent de leur temps et de leur énergie pour faire grandir le western en France. Cette volonté collective de mieux faire, de mieux montrer et de mieux expliquer est très motivante.
C’est aussi dans cet esprit que je souhaite m’investir : faire partie de ces personnes qui contribuent à dynamiser le secteur et à accompagner son évolution de manière positive, à travers l’image et la communication.
Je pense également que l'Europe pourrait également s'inspirer du modèle brésilien, surtout dans une logique d’échange et de partage. Le western gagne beaucoup lorsque les différentes scènes prennent le temps de se rencontrer et de se comprendre. Chaque pays a sa manière de pratiquer, son rythme et sa culture, et cette diversité est une vraie richesse.
Dans cet esprit, nous avons organisé un voyage au Brésil avec des amis français, afin de participer à des compétitions de ranch sorting aux côtés de cavaliers brésiliens. L’objectif était également de suivre un stage avec l’actuel champion de ranch sorting du Brésil, pour échanger, progresser et améliorer nos techniques.
Ce type de rencontre montre à quel point le western peut évoluer de manière positive quand les expériences circulent, non pas en copiant un modèle, mais en apprenant les uns des autres.
Le mot de la fin ?
À travers mes images, je cherche avant tout à raconter la culture western telle qu’elle existe réellement en France, mais aussi à la montrer au-delà de nos frontières, notamment au Brésil, à travers mon travail et nos réseaux sociaux avec mon épouse. Je veux montrer qu’il existe en France de très bons cavaliers, de très bons chevaux, des compétitions structurées et un véritable public passionné. Le western français est vivant, engagé, et mérite d’être vu autrement que par des clichés ou des comparaisons avec d’autres pays.
Mon objectif est de raconter un western à la française, avec sa propre identité, tout en restant fidèle à l’esprit et aux valeurs de cette culture. Des événements comme Equiblues montrent parfaitement cette énergie : une ambiance forte, populaire, passionnée, et une vraie ferveur autour des disciplines western. Avoir eu l’opportunité de photographier cet événement avec une accréditation presse a renforcé cette envie de montrer ce que le western français sait faire.
À travers mes images, je veux donner une vision sincère, positive et engagée du western français, aussi bien pour le public français que pour un public étranger, et contribuer à faire rayonner cette culture à sa juste valeur. Mon objectif avec CADA Media est clair : devenir un acteur à part entière du monde western français, au cœur des événements, des disciplines et de ceux qui le font vivre.
Je souhaite accompagner de plus en plus d’événements western à travers la photographie et la vidéo, que ce soit en ranch sorting avec l’AFET et d’autres associations, mais aussi en barrel racing et en rodéo. Être présent sur le terrain, raconter les compétitions, valoriser les cavaliers, les organisateurs et les partenaires fait pleinement partie de cette vision.
En parallèle, j’ai envie de développer davantage l’accompagnement des professionnels du secteur : ranchs, fermes, magasins spécialisés, marques de vêtements western, entrepreneurs qui souhaitent structurer et développer leur communication. À travers l’image et la vidéo, que ce soit pour un site internet, les réseaux sociaux, des supports imprimés ou des partenaires, l’idée est de créer une image forte, cohérente et durable.
À partir de 2026, j’ai aussi une vraie volonté de pousser plus loin mon travail fine-art autour du cheval. J’aime profondément le terrain, la poussière et l’intensité des compétitions, mais j’ai également envie de laisser davantage de place à mon regard artistique. Mettre en valeur la beauté du cheval à travers des fonds sombres, des jeux de lumière, des images plus intemporelles, pensées comme de véritables œuvres, destinées à devenir des cadres ou à être présentées dans des concours et projets artistiques.
L’ambition de CADA Media est donc double : rester ancré dans le réel, le sport et le terrain, tout en développant un travail plus artistique, pour continuer à faire rayonner le cheval et la culture western sous toutes ses formes.
Un dernier message pour les passionnés ?
Continuez à faire vivre cette passion, à la défendre, à la partager. Le western est un univers exigeant, mais incroyablement riche humainement.
Et surtout, n’ayez pas peur de montrer ce que vous faites : chaque discipline, chaque ranch, chaque cavalier a une histoire qui mérite d’être racontée.
Un grand merci à Damien Lambert pour le temps accordé à cette interview, pour la qualité de ses réponses, et pour ce regard à la fois sensible, professionnel et profondément ancré dans la réalité du monde western !
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