Article EWF

Rencontre avec Elodie Mangeot Reeb, juge renommée de Showmanship

Showmanship Juge
Rencontre avec Elodie Mangeot Reeb, juge renommée de Showmanship

Aujourd’hui, nous retrouvons Elodie, juge FFE de Showmanship depuis 2010 et récemment devenue juge AQHA. Elle nous dévoile les coulisses de cette discipline encore trop méconnue : son essence, son exigence, ce qui se joue vraiment sur la carrière, et tout ce qui fait la richesse du travail à pied. Elle partage également des conseils précieux pour celles et ceux qui souhaitent découvrir le Showmanship ou perfectionner leur pratique.


Introduction

Je m’appelle Elodie Mangeot-Reeb. Je suis née en 1986 et suis passionnée de chevaux depuis ma plus tendre enfance. Je vis dans un petit village entre l’Alsace et le Moselle. Professeur d’allemand de métier, j’aspire aujourd’hui à me tourner vers de nouveaux projets professionnels.

A côté de mon métier d’enseignante, j’ai également développé une pension pour chevaux en retraite ou convalescence avec mon mari, Claude Mangeot, Ostéopathe équin.

Nous avons un fils, Emile âgé de 13 ans, qui partage notre passion des animaux et de la nature.

Je suis juge pour la FFE depuis 2010 et j’ai obtenu ma carte AQHA cette année.

Cavalière depuis plus de 30 ans, je pratique aujourd’hui principalement des disciplines de Ranch avec ma jument Lady ; Ranch Trail et Ranch Riding.

Je vais, ici, essentiellement vous livrer mon point de vue de juge sur la discipline Showmanship. Bien que je n’aie personnellement jamais eu l’opportunité de la pratiquer en show, j’ai toujours beaucoup apprécié cette discipline et j’ai grand plaisir à la juger. Et mon fils, Emile a participé à son premier concours en équitation western cette année avec ma jument Lady en Showmanship.


Ton histoire ?


J’ai toujours été fascinée par la culture western, et peut-être plus encore par la culture amérindienne. Enfant, je regardais tous les westerns à la télé, j’adorais ce personnage du cowboy solitaire et libre, chevauchant à travers des paysages à la fois grandioses et hostiles, avec pour seul et unique compagnon son cheval. Et les indiens bien sûr ! Avec l’image d’une vie indissociable de la nature et des animaux. Petite fille d’agricultrice, élevée au grand air, cet univers parle à mes racines paysannes.

Aujourd’hui encore, je suis sensible à cette image d’Épinal. Dans mon quotidien, je dois dire que je me sens bien mieux dans mes bottes, mon jeans et ma selle western que dans des bottines et une culotte blanche !

J’ai appris à monter à cheval dans un centre équestre classique à l’âge de 8 ans, et 5 ans plus tard, j’ai découvert l’équitation western, quand un petit élevage de Quarter Horses, « Le Handsome Ranch », s’est établi dans mon village. Des portes ouvertes, associées à un concours AQHA y furent organisées, et c’est à cette occasion que l’univers de l’équitation western et du cheval américain s’est ouvert à moi. Mon aventure western a commencé dans cette écurie qui est rapidement devenu ma seconde maison pendant près de 10 ans.

Passionnée de chevaux avant d’être passionnée d’équitation, c’est le caractère exceptionnel des Quarter Horses, leur expressivité et leur physique athlétique qui m’a séduite.

Ce qui me touche le plus chez les chevaux américains, c’est leur courage et leur générosité. Ce sont des chevaux braves, intelligents qui aiment et qui ont besoin de travailler, de réfléchir. Leur grande curiosité me touche aussi, même si elle s’avère parfois agaçante. Ce sont toujours les premiers à venir examiner le chantier et mettre le nez dans les outils quand nous travaillons sur les clôtures, par exemple. Mais ce que j’aime et que j’admire par-dessus tout chez eux, c’est cette puissance et cette énergie qu’ils sont capables de déployer en un instant, tout en conservant un mental froid et stoïque. Pour moi, le cheval américain, c’est le feu sous la glace et ça, j’adore !

Avant de pouvoir monter un de ces chevaux, c’est à pied que j’ai approché et appris à aimer les Quarter-Horses ; en curant les boxes, en les brossant, en les longeant. Le premier cheval que j’ai eu la chance de monter était l’étalon de l’écurie, un cheval d’une extrême gentillesse, un Maître. Il fait partie des chevaux qui ont marqué ma vie.

J’ai été séduite par cette équitation, dont l’objectif est de guider son cheval à une main, avec un minimum d’aide visible. Adolescente et sortant d’un centre équestre très classique et peu innovant, je trouvais cela incroyable.


Ta rencontre avec le Showmanship ?

Dans cette écurie, le Handsome Ranch, l’équitation western était davantage centrée sur le reining, le horsemanship et le western pleasure. J’ai découvert le showmanship pour la première fois sur un concours en Allemagne.

Etant passionnée par les chevaux avant de me passionner pour l’équitation, j’ai bien sûr tout de suite adhéré à cette discipline. J’ai trouvé très intéressant de pouvoir performer en compétition avec son cheval, sans être nécessairement en selle


Le Showmanship


En Showmanship, le concurrent présente son cheval en main sur un parcours prédéfini par le juge. Ce parcours inclus des déplacements au pas et au trot, avec parfois un allongement du trot, des arrêts, un reculer, un ou plusieurs pivots sur les postérieurs, et une présentation du cheval, au carré, face au juge. Tout au long du parcours, le concurrent doit démontrer ses compétences à présenter et à mener son cheval en main de façon sécuritaire. La communication et la connexion entre le concurrent et son cheval sont primordiales. Le toilettage, le bon ajustement du licol ainsi que l’état physique du cheval seront également pris en compte.

Selon moi, c’est un travail qui est non seulement formateur, mais aussi fondateur dans l’évolution du couple cavalier/ cheval.

Pour le cavalier, il est très instructif d’aborder une perspective de travail différente avec son cheval. Apprendre à le mener correctement, avec une codification sécuritaire, précise, permet d’instaurer la base d’un respect mutuel et de construire le socle d’un langage commun. Un langage qui sera facilement transposable en selle et/ou qui facilitera le travail du débourrage. Avec des chevaux plus âgés, c’est aussi un bon moyen de vivre une expérience différente, de renouer ou de renforcer la communication.

Pour le cheval, cela participe à son éducation, à sa sociabilisation et permet de mettre en place des routines de travail. Il s’agit d’installer des bases solides pour une communication claire et efficace.

Pour les compétiteurs enfin, cela offre de belles opportunités d’initier et d’habituer leurs poulains et chevaux aux ambiances des shows.

Mener son cheval d’une façon sécuritaire, avoir une position correcte, une posture assurée, être précis dans ses tracés, démontrer une communication efficace et une belle relation avec son cheval, voilà pour moi les fondamentaux d’un bon travail de Showmanship.

Je pense que la principale idée reçue est de penser que pour faire du showmanship, il est nécessaire d’avoir un cheval de performance, avec de grandes qualités, à la fois dans ses déplacements, dans son expression et dans sa morphologie. Cela devient une réalité uniquement à partir du moment où l’on vise le haut niveau et l’excellence, à l’image des autres disciplines westerns d’ailleurs.

Mais, je répète que cette discipline pose avant tout les bases d’une éducation sécuritaire pour les apprenants, chevaux et cavaliers. C’est une discipline accessible à tous ! Mener son cheval correctement au pré, ne pas le laisser marcher derrière soi, pour ne pas risquer d’être bousculé, est la base du showmanship.


Le cheval


La relation cheval / handler

J’accorde une grande importance à la relation cheval/ handler. C’est dans la qualité de la relation que tout se joue. Elle définit la bonne connexion qui va se dégager du couple sur la piste.

C’est l’efficacité, la présence affirmée et la précision du handler qui vont permettre au cheval de s’exprimer, de briller et de performer. Une belle connivence entre le handler et son cheval rayonne toujours positivement.

A contrario, une relation qui n’est pas harmonieuse finira toujours par transparaitre sur le parcours. Un cheval anxieux par crainte de son handler ou au contraire, un cheval peut respectueux de celui-ci, finiront toujours par avoir un impact négatif, sur l’une ou l’autre manœuvre.


Les chevaux

Il est préférable d’enseigner le showmanship tôt dans la vie du cheval. Comme je l’ai exprimé précédemment, cela participe à son processus éducatif et permettra une meilleure communication et un travail plus facile au moment du débourrage.

Cela dit, le Showmanship peut s’apprendre à n’importe quel moment de la vie du cheval. Il est bien sûr plus facile d’enseigner tout de suite de bonnes bases de travail à son cheval que de gommer certaines mauvaises habitudes ancrées. Mais, il reste possible d’initier son cheval au Showmanship à tout moment de sa vie et de son évolution.


Technique et conseils


La technique ?

Je pense que les cavaliers sous-estiment la façon dont ils utilisent leur haut du corps. Un cavalier qui mène son cheval les épaules en avant, qui est fermé dans son haut du corps ou qui est légèrement déséquilibré au niveau des épaules (l’une plus basse que l’autre), dont les mains ne sont pas à même hauteur : autant de petits détails qui finissent par impacter la réussite et la qualité d’exécution des manœuvres.

Ces petits détails et subtilités techniques sont parfaitement lisibles et perceptibles par le cheval, et changent bien souvent une prestation. Ils peuvent l’amener à basculer du bien au très bien ou du très bien à l’excellent.

La précision est primordiale. Il faut être précis dans sa posture, précis dans ses demandes, prendre des repères précis dans l’espace pour bien dessiner son parcours, demander ses transitions, ses arrêts au bon endroit. C’est la précision qui permettra d’obtenir de la fluidité, laquelle va permettre d’augmenter le degré de difficulté, en amenant de la vitesse dans l’exécution des manœuvres.

Chercher la fluidité avant la précision peut amener à une confusion entre fluidité et vitesse et engendrer une impression de précipitation. En cherchant la fluidité avant la précision, le risque est de perturber un peu le cheval, de le bousculer. On risque alors de perdre en qualité d’exécution ou d’engendrer des signes de résistance, qui seront forcément perçus négativement par le juge. Pire encore, de provoquer des pénalités.


Les qualités développées ?

Pour un cavalier, le showmanship développe l’humilité, l’écoute et l’attention à l’autre.

Lorsqu’on monte à cheval, on prend de la hauteur, au sens propre du terme. En selle, la posture du cavalier est dominante vis-à-vis de son cheval, mais aussi des humains présents.

En showmanship, c’est différent puisque cheval et le handler se retrouvent à la même hauteur, tous deux les pieds sur terre. Lorsqu’on travaille avec les chevaux, il faut savoir rester humble et se rappeler que ces animaux exceptionnels méritent notre respect. Ils nous donnent et nous apportent énormément mais parfois, une seule faute d’inattention peut se révéler tragique. Un cheval aussi gentil et docile soit-il, peut se révéler dangereux en nous bousculant, en ruant, en mordant. Il est donc important de savoir rester à sa place et de le maintenir à la sienne.

Savoir descendre de son piédestal, développer écoute et attention à l’autre, sont tout aussi utiles dans nos relations à nos congénères humains. Notre société, aussi connectée soit-elle, semble perdre l’essence des codes de la communication et du savoir vivre ensemble.

Le showmanship est très certainement un outil de progression pour les cavaliers. Les codes mis en place à pied sont transposables une fois à cheval. La posture équilibrée avec un haut du corps à la fois souple et stable, épaules, mains à la même hauteur, assurance, rythme… tout cela est également attendu en horsemanship et va être un plus pour monter avec efficacité et précision en trail, en western riding, mais aussi en ranch et en reining. Le fait d’avoir une perspective différente, d’évoluer non pas sur, mais à côté de son cheval, permet parfois de mieux comprendre et de mieux visualiser la façon dont le cheval peut réagir. Cela peut parfois aussi aider à solutionner un problème rencontré à cheval.


Tes conseils ?

3 conseils à un cavalier débutant

  • Le premier conseil serait de prendre connaissance du règlement et de le lire avec attention. C’est là que se trouvent précisément les attendus pour la discipline et c’est sur ces définitions précises que le travail du juge se base. C’est l’ouvrage de référence. Il est donc essentiel pour tout concurrent de lire le règlement de sa discipline.

Les règlements de race détaillent par exemple très précisément les attendus quant à la position du concurrent, à la présentation du cheval, donne des descriptions précises des différentes manœuvres. Il faut prendre connaissance de ces définitions, mais aussi connaître les pénalités, car avant de vouloir afficher de beaux scores et des manœuvres positives, il faut éviter la case des pénalités. C’est vraiment important selon moi, de s’approprier personnellement le règlement pour bien l’intégrer et ne pas se baser uniquement sur les explications données par un tiers.

  • Le deuxième conseil serait de ne pas chercher à imiter la posture ou la façon de faire de son idole, mais plutôt de prendre appui sur les descriptions du règlement et les conseils de son coach. L’idée est de trouver sa propre posture, celle qui répond bien sûr aux attendus de la discipline, et qui est naturelle.
  • Pour finir, je pense que lorsqu’on débute, il faut savoir prendre son temps, ne pas vouloir brûler les étapes, afin de construire de bonnes bases. Comprendre les attendus, travailler sa position, être précis, discipliné, avoir une communication claire avec son cheval. Commencer par viser un 0 solide pour chaque manœuvre, rester en dehors de la zone des pénalités avant de chercher à décrocher des (+) qui viendront naturellement si les bases sont solides.

J’invite aussi tout concurrent à se montrer fier du cheval ou du poney qu’il présente, à ne pas oublier que c’est avant tout un moment de plaisir partagé avec son partenaire équin. Les déceptions font parties du processus d’apprentissage et il faut savoir en tirer profit pour progresser et renforcer ses compétences.

Et 3 conseils à un cavalier qui souhaite performer :

  • Mon premier conseil serait le même. Le règlement est accessible à tous et n’est pas réservé à l’usage exclusif des juges et des coachs. Il est donc nécessaire de s’y plonger un peu, pour s’assurer de parler le même langage que les personnes qui nous encadrent et qui nous évaluent. Il faut le relire chaque année, idéalement avant la première compétition, pour s’assurer qu’il n’y a pas eu de modifications et ainsi éviter les mauvaises surprises le jour du show.
  • Mon second conseil est aussi sensiblement le même. Il faut éviter d’avoir une présentation trop artificielle. C’est la précision, la fluidité, l’efficacité et la souplesse dans les gestes et dans les déplacements qui seront garants d’un score élevé et non un style particulier.
  • Je finirais aussi sur la fierté dont il faut faire preuve quand on présente son cheval. Il faut éviter de se comparer aux autres dans la carrière d’échauffement. Pendant le parcours, tout peut arriver, et chacun a sa chance. Il faut avoir confiance en son travail, en ses compétences, et montrer au juge, par sa prestance et le soin apporté à la préparation de son cheval, qu’il est le meilleur à cet instant précis.

L'avenir ?


L’évolution du Showmanship - les difficultés ?

En France, le showmanship évolue malheureusement assez lentement. Les classes de showmanship n’attirent pas assez de concurrents, et c’est notamment le cas dans ma région. Mais la discipline a le mérite de rester proposée et présente sur l’ensemble des concours que j’ai la chance de juger. Si elle peine à gagner en nombre de participants, elle a le mérite de gagner en qualité, notamment chez les jeunes et chez les novices, ce qui est très positif et encourageant pour l’avenir.

L’essor du showmanship, et plus généralement de l’équitation western, est avant tout freiné par la culture et la tradition équestre française. Notre culture n’est pas basée sur une équitation de travail, mais sur une équitation militaire. Nous manquons également de structures d’enseignement avec des chevaux d’école, pour permettre aux enfants et cavaliers débutants de s’initier à cette équitation dans de bonnes conditions. Elles existent, mais leur nombre est bien moins important qu’en équitation classique et leur implantation reste très contrastée selon les régions.

L’équitation western, et a fortiori le showmanship, reste difficile d’accès selon notre lieu d’habitation. Il faudrait également davantage d’enseignants et d’instructeurs formés aux disciplines de performances. Encore une fois, ces professionnels existent et ils font un travail de qualité, mais sont trop peu nombreux sur le territoire pour espérer un réel essor de cette discipline.

Pour finir, la discipline souffre peut-être aussi de certaines idées reçues, comme je l’ai évoqué précédemment. Je rappelle donc, que le showmanship n’est pas réservé à une élite, mais qu’il peut se pratiquer avec tout cheval, qu’il s’agisse d’un cheval de balade ou d’un cheval de compétition, d’un poney ONC ou d’un Quarter Horse au pédigrée exceptionnel.

Un autre point peut freiner son évolution. Il vient du fait qu’en compétition, les épreuves de Showmanship se déroulent généralement tôt le matin, ce qui induit ainsi un manque de visibilité. Bien souvent le public n’est pas encore présent en nombre à ces heures matinales, et les personnes présentes sont bien souvent internes au concours et/ou amateurs/amatrices de la discipline.


L’évolution du Showmanship - l’espoir ?

Ce qui aide à populariser des disciplines telles que le showmanship, ce sont des événements majeurs comme les championnats de France Club à Lamotte Beuvron et les championnats de France Amateurs. Ces compétitions sont mises en avant et en valeur sur les réseaux sociaux et permettent de démocratiser une discipline qui peut parfois paraître élitiste.

Ce genre de discipline, un peu confidentielle, a donc gagné en visibilité grâce aux réseaux sociaux. D’autres compétitions affiliées aux associations de races, en France et en Europe, comme le France Prestige Show ou l’European Team Cup sont des évènements où le showmanship est bien représenté. On peut y voir de belles prestations et se forger des modèles. Avoir un modèle, un idéal, est important lorsqu’on veut progresser, c’est motivant et moteur, notamment pour nos jeunes cavaliers.

Il y a aussi de plus en plus de structures d’enseignement qui organisent des stages avec des intervenants de qualité qui sont reconnus dans le milieu. Cela permet d’enrichir les connaissances et les compétences de tous et c’est important pour que la discipline gagne en qualité et évolue dans le bon sens.

Il faut bien sûr poursuivre la diffusion et la promotion de cette discipline sur les réseaux sociaux. Continuer à donner une place au Showmanship sur les salons dédiés au cheval en France et en Europe. Ces salons ont l’avantage de drainer un large public. Il faut y proposer des démonstrations, avec des explications sur la discipline, ses objectifs et ses attraits. En bref, montrer que c’est une discipline plaisante et accessible.

Actuellement, les gens sont de plus en plus attirés par les disciplines axées autour du travail à pied et je pense que le showmanship a de quoi séduire.

Je suis cependant ravie de trouver dans plusieurs structures qui m’accueillent régulièrement pour juger des enfants et des débutants qui présentent un poney ou un cheval en showmanship. C’est toujours une réjouissance pour moi et je crois que cela représente pour les concurrents une bonne entrée en matière pour un premier concours. J’encourage donc chaleureusement les enseignants et coachs à poursuivre leur travail et à motiver leurs élèves à s’engager dans les épreuves de Showmanship.


Le rôle de juge


Ta motivation à devenir juge ?

Ce qui m’a motivé à devenir juge est avant tout l’envie d’en savoir plus, de comprendre, d’avoir une meilleure connaissance et une meilleure interprétation du règlement. Comprendre comment une manœuvre est évaluée en fonction des disciplines, comprendre les points d’observation et d’attention des juges et ainsi avoir un fil conducteur à suivre dans le travail de mes chevaux en vue des compétitions.

Au départ, je souhaitais donc simplement participer à cette formation pour m’informer. Et cela m’a tout de suite passionné ! Finalement, c’est une amie qui a su me convaincre de passer le test et j’ai ainsi obtenu ma première certification.


La formation

J’ai participé à une première formation en 2010 avec Michèle Pfender. J’ai passé et obtenu le test à l’issu de cette formation. Pour résumer brièvement, cette formation porte sur une approche détaillée du règlement (pénalités, équipements, standards et attendus selon les disciplines, …). Mais aussi sur l’apprentissage des fondamentaux du jugement, des routines efficaces, des codes éthiques et moraux à suivre lorsqu’on devient juge.

Le test écrit se compose de questions sur le règlement FFE général et spécifique western. Il y aussi un test de jugement sur vidéo, puis un jugement blanc en situation réelle à réaliser auprès d’un juge National Elite. Par la suite, j’ai suivi les formations continues obligatoires tous les deux ans.

En 2025, j’ai obtenu ma carte AQHA. Pour obtenir cette certification internationale, il faut constituer un dossier et avoir 3 lettres de recommandation. Ces documents sont soumis à l’approbation du Comité des Juges AQHA aux Etats-Unis. Cette première étape franchie, on passe un test qui se déroule en deux parties. La première porte sur le règlement et la seconde sur des jugements vidéo. Si le test est validé avec succès par le Comité des Juges et le Comité exécutif de l’AQHA, on obtient sa certification.

Je dois néanmoins préciser que pour devenir juge, cela nécessite avant tout beaucoup de travail personnel. Il faut aller sur les shows dès qu’on en a l’opportunité. S’imprégner de ces ambiances. J’ai personnellement beaucoup travaillé en tant que secrétaire de jury / Ring Steward au cours de toutes ces années, que ce soit en show de races (AQHA/APHA) ou en NRHA. Adolescente déjà, je distribuais les flots sur les compétitions AQHA.

Ces deux dernières années je me suis aussi formée grâce aux webinaires proposés par l’AQHA et l’APHA. Je suis allée aux séminaires annuels proposés par les associations de races en Europe. En 2024, j'ai également participé au séminaire de formation NRHA organisé par Mariannick Domont-Perret. C’est donc un réel investissement personnel qui nécessite de la motivation, parfois un peu de sacrifice sur son temps familial, une réelle envie de progresser et surtout beaucoup de passion.


Le rôle de juge

Les compétences nécessaires pour juger en showmanship sont sensiblement les mêmes que pour les autres disciplines. Il faut avoir une bonne connaissance du règlement et du standard attendu dans la discipline. Il faut bien connaître le parcours qu’on va juger.

En showmanship, la difficulté réside dans le fait qu’il faut garder une vision globale du couple. Il faut évaluer à la fois la performance du cheval, mais aussi celle du concurrent, en gardant un œil attentif sur de nombreux détails : la position du cavalier, ses actions sur la chaine ou la longe, la façon dont il utilise son corps et son regard pour communiquer avec son cheval. Il faut observer la façon dont le cheval réagit : la façon dont il répond aux indications du concurrent, son expression, son impulsion, la rectitude dans ses déplacements, la qualité de ses transitions etc… Veiller à ce que le couple n’entre pas dans la zone des pénalités, vérifiez que l’équipement utilisé soit légal. En bref, il faut observer une multitude d’éléments en quelques instants et prendre des décisions rapidement.

Un "bon " juge est une personne consciencieuse, bienveillante et humble. Quelle que soit l’importance du concours et quelle que soit l’association qui sanctionne le show (FFE, AQHA, APHA, NSBA, IRHA …), il se doit d’être prêt à honorer sa mission et s’engager avec la même ferveur, et accorder à chaque concurrent la même attention que ce dernier soit débutant ou professionnel, qu’il se présente avec un poney ou un cheval américain d’exception.

Chaque cavalier qui entre sur la piste s’est préparé pour l’événement, a des attentes qui lui sont propres et tend à faire de son mieux. Pour chaque concurrent, le juge représente la personne à convaincre, à séduire et à épater. Le juge se doit donc d’être prêt pour chacun d’entre eux. Un bon juge est capable de se remettre en question et continue à se former tout au long de sa carrière.

Pour finir, c’est une personne qui veille à faire évoluer l’industrie dans le bon sens, notamment à faire respecter une éthique responsable dans le cadre du bien-être animal.


Le règlement


L’adaptation avec les événements et les couples jugés ?

Je ne fais pas de différence entre juger en France et juger à l’international. Je juge chaque concours, chaque épreuve selon le règlement et le standard en vigueur. Je me réfère au même standard que ce soit pour une épreuve de showmanship FFE ou AQHA.

Il me parait bien plus juste et cohérent de proposer des parcours adaptés aux différents niveaux, plutôt que d’adapter ma notation. Les règlements ont déjà prévu des adaptations pour les niveaux novices que ce soit en FFE ou en race. La mise en place de parcours adaptés et progressifs pour mettre les concurrents en confiance et en situation de réussite me paraît très important. Mais pour moi, l’évaluation de la performance ne devrait pas varier en fonction de l’événement jugé.

De même, personnellement, je ne connais pas vraiment la pression de juger des handlers que je connais. Grâce à mon métier d’enseignante en collège et en lycée, j’ai toujours été habituée à évaluer le travail d’un élève en faisant abstraction de son nom, de l’attitude qu’il peut avoir eu en classe, du fait que ce soit le fils/la fille d’un collègue ou d’un ami. Me focaliser sur la production de l’élève à un instant t est une pratique pour laquelle j’ai été formée et qui ne me pose pas de problème. Lorsqu’un couple entre sur la piste, c’est toujours pour moi comme si je le voyais pour la première fois, c’est une page blanche.


La notation ?

Lorsqu’un couple entre en piste, la première chose que j’évalue est sa prestance. On voit tout de suite si le concurrent fait preuve d’assurance, s’il a une attitude positive et si le couple cheval / handler parle la même langue.

Puis j’observe le positionnement du concurrent par rapport à son cheval, j’observe si le licol, la chaîne, sont bien ajustés et règlementaires.

Ensuite, j’observe le cheval, je regarde son état physique général, si son poil est brillant, si le concurrent a veillé à le toiletter avec soin pour son épreuve. Voici mes trois axes d’observation lorsqu’un couple entre en piste.

Pour obtenir un maximum de points en showmanship, le concurrent doit avoir une présentation et une démarche assurée, confiante, faire preuve de précision et d’efficacité dans chacune de ses manœuvres, avoir une position stable, équilibrée, garder ses mains, ses épaules à la même hauteur dans chacun de ses déplacements. Et bien sûr faire preuve d’une communication franche, efficace et harmonieuse avec son cheval. Concurrent et cheval doivent avancer à l’unisson.

Le cheval doit exécuter les manœuvres avec précision, en restant droit et sans manifester de signes de résistance. Précision, cadence, finesse, connexion et rythme sont des composantes essentielles pour viser des +2 ou +3 par manœuvre.

Pour moi, la différence entre un bon passage et un passage exceptionnel réside dans l’expression du cheval. Lorsque les manœuvres s’enchainent avec fluidité, que le cheval a une réelle présence, un œil vif, qu’il répond avec rapidité et précision au signaux du handler, qu’il se déplace avec élégance, que tout semble facile et harmonieux et que j’ai le sentiment de ne pas juger simplement un beau parcours, mais que je l’admire, alors je suis sans hésitation, face à une prestation exceptionnelle.

Il ne faut jamais oublier que c’est avant tout le handler qui est évalué en showmanship selon sa capacité à bien présenter son cheval. Un handler efficace, qui fait preuve d’assurance, a une bonne position et une bonne attitude, va être déterminant dans le résultat. Mais le cheval n’est pas en reste et il contribue tout autant à la réussite du couple cheval / handler. C’est encore une fois une affaire de relation, de cohérence et d’harmonie dans le couple qui mènent à la réussite.


Les fautes ?

Les fautes qui coûtent le plus cher, c’est-à-dire 10 points de pénalités, sont des erreurs qui mettent le concurrent en défaut sur sa position sécuritaire face au cheval. Lorsque le concurrent n’est pas dans la position règlementaire mais dans une position dangereuse, par exemple directement face au cheval, il sera lourdement pénalisé. Il est effectivement dangereux de se tenir face au cheval, car si celui-ci se cabre ou s’effraie et fait un bond en avant, on prend le risque d’être bousculé, blessé ou que le cheval nous échappe. C’est une position dans laquelle on n’a aucun contrôle efficace sur son cheval.

Cette pénalité s’applique également si le cavalier touche le cheval ou lui donne des indications avec son pied. Cela est permis en halter pour mettre son cheval au carré, mais pas en showmanship.

Une désobéissance sévère du cheval (mordre, tourner continuellement autour du concurrent, etc.), est aussi sanctionnée par 10 points de pénalité.

Voilà, quelques exemples de fautes qui coûtent cher.

Dans les erreurs fréquentes, je ne peux pas en citer une en particulier, mais ce que j’observe est plutôt une méconnaissance du règlement et des attentes du juge dans la discipline. Le positionnement des concurrents n’est pas toujours précis, il y a parfois de l’hésitation dans les gestes, ou au contraire une gestuelle trop artificielle, un peu maladroite et donc peu efficace.


La pratique ?


Les difficultés ?

Je ne saurais pas citer une situation précise que j’ai mal vécue. Chaque concours est un nouveau challenge.

Jusqu’à présent, j’ai majoritairement jugé seule. Dans cette situation, toute la responsabilité repose sur mes épaules et c’est là toute la difficulté. Il faut savoir décider rapidement, rester juste, bienveillante et donner à chaque cavalier la même attention, du premier au dernier, peu importe le nombre d’heure qu’on passe sur la chaise. Il faut aussi veiller à ce que chaque cavalier bénéficie des meilleures conditions possibles pour s’exprimer sur la piste. C’est une mission à la fois passionnante et délicate.

Ce qui peut aussi être difficile pour moi, c’est de voir des cavaliers déçus de leur performance, de leur score ou qui se retrouvent en difficulté sur le parcours. Particulièrement quand ce sont des enfants. Ce n’est jamais un plaisir de donner des scores négatifs, d’appliquer de lourdes pénalités, mais la feuille de score doit refléter ce qui se passe sur le parcours, c’est ainsi.

Il n’est pas toujours facile de trouver les bons mots pour réconforter un cavalier déçu par sa note. J’invite chaque concurrent à consulter sa feuille de score avec attention. Il faut apprendre à être fier de soi quand on a évité ou limité les pénalités. Eviter la case des pénalités, ou a minima éviter des pénalités majeures, est déjà une réussite non négligeable. Ensuite, il faut s’interroger sur ce qui peut nous avoir éloigné du score 0, se demander ce qui n’était pas "correct " dans sa manœuvre : son utilisation de l’espace ? son positionnement par rapport au cheval ?

Je lui dirais aussi qu’obtenir l’excellente note de +3 ne signifie pas que la manœuvre était parfaite. Il en va de même pour un -3, une note certes décevante, mais qui ne signifie pas pour autant que la manœuvre était nulle.

Pour finir, le concurrent doit garder à l’esprit le but premier de sa présence sur le concours qui le plus souvent est de passer une belle journée entre passionnée, de profiter d’un bon moment avec son cheval, son coach et ses amis.


Conclusion


Un message à transmettre ?

Aux cavaliers, je souhaite dire qu’il ne faut pas hésiter à demander à son coach de faire des séances à pied de temps en temps, et qu’il n’est jamais trop tard pour s’initier au showmanship. C’est un exercice intéressant et formateur pour la relation à son cheval. Les mêmes codes peuvent être transposés une fois en selle, et lorsqu’on maîtrise cette précision dans sa posture et son équilibre corporel, cela permet de progresser à tous niveaux et d’être plus performant dans l’ensemble des disciplines.

Aux coachs, je dirais qu’il ne faut pas hésiter à proposer des séances à pied à ses élèves, et tout simplement de les habituer à adopter une posture sécuritaire et correcte dès qu’ils mènent leur cheval en main. La base du showmanship peut se travailler très simplement, en menant son cheval du pré au box ou du box au manège, par exemple. Un cavalier peut tout de suite apprendre qu’on ne laisse pas marcher un cheval derrière soi. Je les invite aussi à encourager leurs élèves à participer à des classes de showmanship en concours.

Aux parents, je dirais que le showmanship est une belle école de respect et de communication avec le cheval. C’est une approche différente qui peut avoir un réel intérêt éducatif pour les enfants. Je pense notamment à ceux qui ont des difficultés de concentration ou des difficultés dans leurs relations aux autres. Le showmanship peut constituer un levier intéressant, car il oblige à se tenir droit, à relever la tête, à être exigeant avec soi-même, à prendre son temps, à prendre soin du cheval… Bref, c’est une discipline enrichissante et passionnante qui vaut la peine de se lever tôt le matin !


Tes projets ?

Ayant récemment obtenu ma carte de juge AQHA, APHA et NSBA, j’espère avoir l’opportunité de juger des shows plus régulièrement à l’international et la chance de juger de belles classes de showmanship, avec un taux de participation croissant.

Je souhaite également obtenir à l’avenir mes cartes APHA, NSBA et NRHA. Je resterai néanmoins fidèle aux concours FFE et j’espère voir le Showmanship évoluer positivement dans les prochaines années en France.


Un immense merci à Élodie pour ses réponses très détaillées et complètes et le temps qu’elle a consacré à transmettre son expérience et sa passion à toute la communauté EWF.

Pour la contacter :


Retour aux articles