Introduction EWF
Son Manuel d’équitation western, devenu au fil des années une véritable référence, est aujourd’hui considéré par beaucoup comme une bible. Un ouvrage incontournable qui accompagne des générations de cavaliers dans leur compréhension du cheval, et qui reflète parfaitement la cohérence et la profondeur de son approche.
Installée aujourd’hui au Texas, elle reste profondément attachée à la France, où elle a formé de nombreux cavaliers et enseignants. Elle partage désormais sa vie entre les États-Unis et l’Europe, et anime chaque année de nombreux stages en France, où elle continue de transmettre avec la même passion, la même exigence et la même générosité.
Mais au-delà du parcours impressionnant, c’est une vision qui marque profondément tous ceux qui croisent sa route.
- Une vision où le cheval n’est jamais un outil, mais un partenaire.
- Une vision où la performance ne précède jamais la compréhension.
- Une vision où la confiance se construit, pas à pas, dans la justesse, la cohérence et le respect.
Et surtout… elle a accepté de tout nous raconter. Sans filtre, avec précision, et avec ce regard construit par des décennies d’expérience.
Son histoire, ses choix, ses réussites, ses difficultés, sa méthode… avec beaucoup de détails.
À travers cet article exclusif sur EWF, Lyne Laforme nous ouvre les portes de son univers :
- Son histoire, des premiers concours au Québec jusqu’à son installation au Texas,
- les rencontres et les étapes clés qui ont façonné son parcours,
- sa méthode de travail, basée sur la compréhension du cheval et la clarté des demandes,
- sa vision de la relation cheval / humain, au cœur de tout apprentissage,
- les erreurs fréquentes des cavaliers et les clés pour progresser durablement,
- son regard sur l’évolution de l’équitation western au fil des décennies.
Que vous soyez cavalier de loisir, compétiteur, professionnel ou simplement passionné, son histoire vous apportera une réflexion plus large sur notre façon d’être avec le cheval aujourd’hui.
Episode 1 : Grandir western : quand une culture devient une évidence

Le western dans le sang
L’équitation, et en premier lieu l'équitation western, a toujours fait partie de ma vie. Mon père a été élevé dans sa jeunesse sur une ferme, et même si plus tard il est devenu un homme d'affaires qui avait des commerces d’électronique, il a toujours eu un cheval. On faisait des petites compétitions le week-end, de la balade. J’ai eu mon premier poney à 6 ans, et on ne s'est jamais posé de question, l'équitation western était notre mode de vie.
Au Québec, l’équitation western fait partie de notre culture, et est aussi importante que l’équitation classique. Cependant, le western est beaucoup plus axé sur la balade, les randonnées, se faire plaisir, alors que l'équitation classique est dès le plus jeune âge axée vers la compétition. Ce sont deux mondes totalement différents, et les cavaliers choisissent dès le départ leur orientation.
Personnellement, je ne me suis jamais posée de questions : dès le début j'ai commencé à monter en équitation western, et je ne me suis jamais arrêtée, ça a toujours été mon choix de vie.
Vanessa, la jument d'une vie
J'ai acheté Vanessa, ma première jument Quarter Horse, en 1970 (j'avais 15 ans) à la ferme Gauthier, à Saint-Hyacinthe. On vivait dans une petite ville appelée Grand-Mère, dans la Mauricie, tout près de Saint-Tite où a lieu chaque année un des plus grands rodéos du Canada. Je suis allée avec mon père à la ferme, à 2 heures de chez nous, et M. Gauthier nous a présenté une jument de 3 ans.
Il l'a longée devant nous aux 3 allures, a réalisé des arrêts, des changements de direction, des reculers, tout cela juste à la voix. C'était bien avant qu'on entende parler de horsemanship, d'équitation naturelle, d'éthologie... Monsieur Gauthier faisait déjà tout ça, même si ce n'était pas un homme de cheval : il avait au départ des vaches laitières dont il a dû se séparer suite à la construction d'une autoroute au milieu de ses terres, alors il s'est converti dans les chevaux.
On a tout de suite été très impressionnés par la connexion que M. Gauthier avait avec cette jument, alors on l'a achetée. L'année suivante, je suis allée passer une semaine de cours avec une des filles de Monsieur Gauthier, Ginette, et le 4 juillet 1971, je faisais ma première compétition Quarter Horse à la ferme Gauthier : showmanhip, horsemanship et pleasure. Ça a été le coup de foudre.
Mon père s'était acheté peu avant un autre cheval à cette même ferme, donc on se promenait chacun avec notre cheval sur les différents concours Quarter Horse du Québec. Tout a commencé comme ça.
Vanessa est vraiment la jument qui a marqué ma vie : c'est elle qui m'a permis d'entrer dans le milieu équestre, de développer mes compétences au niveau compétition. Elle m'a donné plusieurs poulains et pouliches, dont deux que j'ai gardés, que j'ai utilisés moi-même en compétition, puis comme juments de cours et pour permettre aux cavaliers dont je m'occupais de démarrer les compétitions au niveau régional. Je l'ai gardée jusqu'au bout, et c'est grâce à elle qu'aujourd'hui je suis dans le domaine équestre, et que j'ai eu envie de continuer dans ce milieu-là.
Episode 2 : Apprendre, progresser, transmettre : les fondations d'un parcours

Le tournant des années décisives
De mes 17 à mes 19 ans, je suis devenue Présidente de l'association des jeunes du Québec. On organisait différents événements pour les jeunes lors des compétitions, on s'occupait de tout ce qui concernait les Youth.
Lorsque j’ai eu mes 19 ans (j’ai quitté la catégorie Youth et cessé la compétition pour un certain nombre d’années), j'ai décidé d’améliorer mes connaissances en équitation : je voulais apprendre , avoir plus d'exercices à travailler avec ma jument pour développer sa souplesse, son engagement, son rassembler.
Dans le temps, nous étions quand même assez limités au niveau d’apprentissage, il n'y avait pas vraiment de formations. L’entraînement était axé essentiellement sur des objectifs de compétition (showmanship, horsemanship, trail, reining et gymkhana).
Donc je suis allée dans un centre équestre classique à Trois-Rivières, où un nouvel enseignant venait d’arriver de France issu de l’Ecole de Saumur : M. Georges Fauré.
Je suis allée le voir pour qu'il me montre des exercices de dressage (ça m'intéressait beaucoup plus que le saut). Je suis finalement restée un an avec lui pour apprendre des exercices pour aider le cheval à se bâtir physiquement, à apporter des réponses à la jambe plus précises, etc. Ça m'a vraiment aidé dans mon équitation western : j'ai pu adapter ces exercices à mon entrainement avec ma jument.
J'avais fait une pause dans les compétitions parce qu'à l'époque, je devais finir mes études d’infirmière. Après plus d’un an, je suis retournée voir la famille Gauthier lors d’un concours. Suzanne, une des filles Gauthier, m’a dit qu’elle partait pour 3 mois au Texas chez un entraîneur de cutting. L’idée m’a plu. Je venais d’arrêter mes études d’infirmière car ce n’était vraiment pas ma voie, donc j’étais libre.
Alors en 1977, je suis partie avec Suzanne Gauthier (partis en voiture, 36 heures de route et tout plein d’aventures et de rencontres) pour travailler sur un ranch appartenant à John Carter, entraîneur de cutting. Quand je suis revenue du Texas, j'ai décidé de rester à Saint-Hyacinthe et j'ai commencé à fréquenter le fils de M. Gauthier, François. Nous nous sommes mariés en 1978.
C'est comme ça que j'ai commencé ma carrière professionnelle, à la ferme, où j'ai commencé à enseigner.
Bâtir les bases de l'enseignement western
En 1979, à la Fédération Equestre du Québec, Norman Caron avait la charge de développer l'équitation western et classique. L'équitation western partait presque de zéro.
M. Caron avait une vision sur la façon de structurer, et s'est inspiré des autres sports où il y a des brevets, des niveaux. Il s'est dit qu'il fallait créer des brevets pour les cavaliers, pour qu'ils puissent avoir une idée de leur progression dans notre équitation western, voir où ils en étaient et à quel niveau ils pouvaient se rendre. Il a rassemblé tous les entraineurs d'équitation western du Québec et a demandé à ceux qui le souhaitaient de travailler sur un programme.
François et moi étions très intéressés, et avons bâti les brevets de cavalier. Au début, nous avons fait 4 brevets de cavalier. Par exemple, le niveau cavalier 1 où l'on apprend à monter à cheval, la position, les 3 allures, l'arrêt, le reculer, etc. Et parallèlement à cela, nous avons bâti un programme d'instructeur. J'ai passé mon brevet d'instructeur en 1980 à la Fédération Equestre du Québec.
En 1981, M. Caron, qui faisait partie du Comité Canadien, a présenté le programme au Canada pour essayer d'avoir une méthode uniforme sur tout le pays, et que les cavaliers puissent avoir le même suivi quel que soit l'Etat dans lequel ils se trouvent. Il avait beaucoup de difficultés à faire accepter l'idée. Comme j'utilisais déjà le système et que je voyais vraiment la progression avec mes élèves, il m'a demandé de l'accompagner.
J'ai expliqué au niveau Canadien comment cela m'avait aidé dans mon entreprise, et ce que cela apportait. Finalement, ils ont adhéré au programme. Nous avons donc créé les brevets de cavalier au niveau national en 1982. A partir de ce moment-là, j'ai fait partie du Comité Canadien, et j'étais en charge de bâtir tous les programmes pour les cavaliers et pour les enseignants. On était tout une équipe pour mettre en place des niveaux d'instructeur et des niveaux d'entraineur, en plus des brevets de cavalier 1 à 4, un brevet d'entrainement de base, et des brevets spécialisés dans plusieurs disciplines. On a amélioré le système au fil des années et des commentaires que l'on recevait.
Cette implication, à l'échelle du Québec mais également du Canada, m'a permis de venir en France pour parler de notre progression, de ce que l'on faisait au niveau de notre développement. J'ai rencontré à cette occasion José-Luis Lopez, qui était le Président de l'AFEW et voulait bâtir un programme d'enseignement et des niveaux (Galops), ainsi que des compétitions avec des règlements. J'ai été le lien entre le Canada et la France pour développer ces éléments en France.
Episode 3 : Du Québec à la France : transmettre, former, faire grandir

Quand la transmission traverse l'Atlantique
Quand François et moi nous sommes séparés, après 15 ans, je suis allée travailler à mon compte dans un autre centre équestre, l'Académie Équestre Mont Saint-Hilaire qui appartenait à Chantal Talbot et Alain Allard. J'enseignais 40 heures par semaine. J'avais un programme de formation d'instructeurs, et beaucoup de français sont venus se former avec moi, dont Luc Giordano, Baptistin, et beaucoup d'autres qui ont ensuite monté leur entreprise en France. Ils venaient se former pendant 4 mois et passer leur brevet d'instructeurs.
Comme à ce moment-là la France reconnaissait les brevets extérieurs, avec la validation des acquis ils pouvaient officiellement être reconnus par la FFE et enseigner en France. Cela a permis de vraiment développer l'équitation western en France (et en Belgique, d'où je recevais également beaucoup de monde).
C'est grâce à cela que j'ai été au contact de beaucoup de français, dont José-Luis Lopez (surnommé "Pépé"), qui m'a invité à la fin des années 1990 pour donner un stage d'entraînement chez Adamo, et j'ai commencé à venir régulièrement en France au début des années 2000 pour donner des stages, organisés par Luc Giordano et Baptistin dans le sud de la France, tout en continuant à enseigner au Québec. J’ai aussi donné des stages en Alsace, ils étaient organisés par William Haar. Et bien d’autres ont suivi par la suite.
Parallèlement à cela, je formais les juges. J'ai formé beaucoup de juges français et belges, dont certains qui tournent encore aujourd'hui, approuvés par la FFE. J’ai été invité par celle-ci pour faire une mise à jour de leurs juges élites. Au Québec, j’étais en charge du Comité de juges, et j’aidais les futurs juges à se préparer pour leur examen. De même, je faisais partie du Comité de juges canadien pour développer les règlements pour devenir juge reconnu par la Fédération.
En 2005, j'ai décidé d'arrêter de travailler pour un centre équestre, et j'ai commencé à enseigner directement chez les gens pour leur donner des mini-stages, principalement au Québec et en Ontario. Cela m'a permis d'avoir plus de liberté pour donner des stages plus régulièrement en Europe. J'avais déjà commencé au début des années 2000 dans des endroits comme la ferme La vieille Route, où je donne des stages depuis 25 ans, et j’ai augmenté le nombre de stages à partir de 2005.
Mon objectif est de permettre aux gens de mieux travailler avec leurs chevaux, avoir une meilleure relation et faire en sorte que le cheval devienne un véritable partenaire, développer une façon de travailler juste et douce, prendre le temps avec chaque cheval de développer son éducation. C'est ce que je fais depuis de nombreuses années, et au fil du temps j'ai évolué, j'ai changé et amélioré certaines choses.
J'adore ce que je fais et ce que je vois comme résultats dans le travail avec les chevaux.
Episode 4 : Un parcours forgé par l'exigence, l'expérience et les rencontres

Les défis d'un passage précoce au monde professionnel
La principale difficulté de ma carrière s’est présentée dès le début. En épousant François Gauthier, j’ai intégré une famille déjà profondément ancrée dans le monde équestre depuis plusieurs années, avec un niveau particulièrement élevé.
Pour moi c'était compliqué parce que j'arrivais vraiment comme une amatrice, je me marrie avec un professionnel, et automatiquement je deviens professionnelle. En effet, à l'époque, en te mariant à un professionnel, tu perdais ton statut d'amateur. Même si tu n'avais pas les connaissances ni l'expérience.
Et ça a été très difficile parce que je n'avais pas le niveau, je débutais. Je passais d'un milieu où je me faisais coacher, où j'apprenais, pour devenir une professionnelle, donc qui pouvait concourir en compétition uniquement avec d'autres professionnels. C'était assez difficile pour débuter ma carrière dans le milieu équestre à plein temps.
C'était une période d'adaptation où j'ai dû faire beaucoup de recherches pour développer mon apprentissage. Et François, qui était un excellent cavalier, était pour moi une ressource extraordinaire : c'est vraiment un horseman, quelqu'un qui a beaucoup de feeling, beaucoup de sensations avec le cheval. Comme moi j'étais plutôt une technicienne, que je voulais comprendre ce qu'il faisait, je lui posais énormément de questions.
J'ai appris en regardant ce qu'il faisait et en posant des questions, et je lui demandais de mettre des mots sur ce qu'il ressentait, sur ce qu'il faisait pour avoir des résultats. C’est aussi de cette manière que j’ai appris sur les compétitions équestres aux États-Unis : je m'asseyais sur la clôture et je regardais les entraineurs faire leur travail. Et avec le peu d'anglais que j'avais à ce moment-là, quand je voyais un entraineur faire une pause, j'allais le voir et lui poser une question, par exemple pourquoi il avait fait tel mouvement ou tel exercice.
On n'avait pas beaucoup d'autres moyens, dans les années 1978-79, on apprenait sur le tas, donc la seule façon d'apprendre, c'était de sortir de ma coquille et de poser des questions. En règle générale, les gens me répondaient, c'était très convivial, très amical, mais il fallait quand même oser le faire parce que pour moi, c'était tous des gens de renommée, et moi j'étais inconnue.
Et ce qui augmentait encore la difficulté était qu'il fallait que ça aille vite, que j'apprenne rapidement, parce que je devais être efficace au plus vite pour être rentable au niveau de la ferme.
Ensuite, le reste de ma vie a toujours fait que j'étais au bon endroit au bon moment pour développer mes compétences, mon expérience, en participant aux diverses compétitions. C'est comme ça qu'on apprend dans la vie : l'apprentissage c'est des essais et des erreurs, on apprend, on bâtit et on s'améliore.

Les reconnaissances d'une vie d'engagement
L'événement le plus marquant de ma carrière était en 2014, quand j'ai reçu la médaille de la reine Élisabeth II lors de son jubilé de diamant célébrant ses 60 ans de règne.
Elle reconnaissait (au Canada, qui fait partie du Commonwealth) des gens dans différents domaines sportifs. Dans le domaine équestre, c'est moi qui ai reçu la médaille qui est venue consacrer toute ma carrière, mon implication dans le domaine équestre canadien, notamment le développement des programmes d'enseignement de cavaliers et de juges, ainsi que mon implication au développement de l'équitation western à l'extérieur du Canada, en particulier en France.
J'ai reçu cette médaille lors d'une soirée spéciale où la reine été représentée, et ça a été vraiment pour moi une reconnaissance importante : c'était très spécial pour moi de recevoir cette médaille en tant que représentante de l'équitation western : il y avait beaucoup de gens en équitation classique qui étaient également beaucoup impliqués. Mais c'est moi qui l'ai reçue. Ça a été probablement le moment le plus marquant de ma vie
Sans compter tous les trophées d'entraineur de l'année que j'ai reçus au Québec par la Fédération Equestre du Québec puis Cheval Québec, et qui reconnaissaient par mes pairs le travail réalisé. J'ai eu beaucoup de récompenses tout au long de ma carrière.
Ce que les stages laissent derrière eux
A chaque stage, ce qui est important, c'est que les gens aient des étoiles dans les yeux quand ils quittent le stage. Qu'ils comprennent encore mieux leurs chevaux et qu'ils aient eu une belle expérience pendant les 3 jours.
Les élèves partent avec un programme qui leur correspond et qui va leur permettre d'avancer dans l'entrainement et l'éducation de leurs chevaux, qui va les emmener vers un cheval avec lequel ils vont se faire plaisir, avec des bons objectifs. Souvent, ils reviennent sur plusieurs années (certains reviennent depuis 20 ans, avec différents chevaux : ils ont évolué, changé, besoin d'autres objectifs, de challenges, certains veulent faire du ranch en compétition).
Ils m'envoient des vidéos, des messages, ils sont très contents. Moi, voir ces résultats, ça me réjouit. Que ce soit quelqu'un qui s'est mis à la compétition, comme un cavalier qui fait du loisir et avait de la difficulté sur certains éléments (partir en balade, l'indépendance, etc.) et qui me montre que, tranquillement, ça se met en place. Ça me fait très plaisir, et c'est toujours pour moi des moments marquants parce qu'il y a de la compréhension, de l'évolution, les bons gestes.
Quand on comprend ce qu'on fait, on fait les bonnes choses. Il faut savoir le "pourquoi" avant de savoir le "comment" parce que quand tu sais pourquoi tu fais les choses, ton comportement est beaucoup plus clair, juste, tu as beaucoup plus d'intérêt pour le cheval parce que tu comprends ce que ça apporte au cheval et pourquoi tu travailles.
Donc j'essaie de ne pas former des robots, mais des gens qui sont capables de réfléchir, d'analyser, et d'avoir une façon de travailler leur cheval, de lire leur cheval, de comprendre ce qu'il se passe.
Après 50 ans, il m'est tellement arrivé de choses... Ça fait 26 ans que je fais des stages réguliers en France, sans compter les choses qui se sont passées quand je vivais au Québec, mais je ne garde que des bons souvenirs, des belles choses, des gens avec qui j'ai vécu de très bons moments. Ce sont mes faits marquants !
Episode 5 : Écrire pour transmettre : la naissance d'un ouvrage de référence

La naissance du Manuel
Je voulais mettre par écrit mes connaissances, les bases essentielles que j'utilise pour éduquer le cheval, toute la compréhension de l'apprentissage du cheval et des humains, les hauts et les bas de l'apprentissage, la biomécanique du cheval... C'était vraiment important pour moi de partager tout cela.
Quand tu décides de faire quelque chose et que tu l'as dans la tête, tu finis par rencontrer les bonnes personnes qui peuvent t'aider à accomplir ce que tu cherches à accomplir. Et, alors que je donnais un stage chez Luc Giordano, Luisina Dessagne, une des élèves qui travaillait pour Actes Sud, m'a approché pour me dire qu'il faudrait vraiment que je mette par écrit mes connaissances et les bases que j'enseigne. C'est comme ça que le livre s'est créé. En 2010, pendant 9 mois j'ai pondu le livre, et Luisina m'aidait au niveau de la structure, de l'écriture.
En mars 2011, on a fait la présentation du "Manuel d'équitation western : un plaisir partagé" au Haras de la Cense, organisé par Actes Sud. Andy Booth était enseignant à ce moment-là au Haras, alors il m'a prêté un cheval pour pouvoir faire quelques démonstrations pour les journalistes et le public. J'ai pu expliquer mon programme et profiter de l'occasion pour dédicacer le livre.
Partager l’essentiel
Depuis, le livre s'est vendu à plus de 10 000 exemplaires, ce qui est vraiment un succès pour la niche qu'est l'équitation western. C'est un livre intemporel, très complet, autant pour les enseignants que pour les personnes qui veulent apprendre. J'y explique le pourquoi, le comment, ainsi que toutes les situations problématiques qui peuvent arriver.
Certaines personnes m'ont dit que ce manuel était leur bible, et beaucoup s'y référent régulièrement pour rechercher certains éléments qu'ils veulent comprendre ou avancer dans l'éducation de leur cheval.
Je suis très fière de mon manuel, et je pense que les ventes vont continuer à progresser parce qu'il continue à être un livre-clé pour tous ceux qui pratiquent l'équitation.
Episode 6 : L'équitation western : une philosophie avant d'être une discipline

Définir l'équitation western
L’équitation western est née du travail quotidien avec les chevaux, dans de grands espaces, où l’efficacité, la sécurité et le respect du cheval étaient essentiels. À l’origine, le cheval n’était pas un outil de loisir, mais un véritable partenaire de travail, capable de réfléchir, d’anticiper et d’agir avec autonomie.
Dans cette équitation, on recherche avant tout un cheval calme, équilibré et volontaire. Les aides sont discrètes, claires, et utilisées avec parcimonie. Le cavalier apprend à influencer le cheval par son intention, son positionnement et son énergie, bien avant d’intervenir avec les mains. Les rênes restent le plus souvent détendues, signe que le cheval se porte lui-même et comprend ce qu’on attend de lui.
Le travail se construit de façon progressive. On commence par les bases à pied, pour développer le contrôle du corps, la compréhension de la pression et la confiance. Puis, monté, on affine l’équilibre, la direction, les transitions et la maniabilité, toujours dans le respect du rythme d’apprentissage du cheval. L’objectif n’est pas la contrainte, mais la clarté.
L’équitation western vise un cheval fonctionnel, capable de se déplacer avec aisance, de répondre avec légèreté et de rester mentalement disponible. Qu’il s’agisse de reining, de ranch riding ou de trail, toutes les disciplines reposent sur les mêmes fondations : un cheval détendu, connecté et responsable de son mouvement.
Au-delà de la technique, l’équitation western est une philosophie. Elle invite le cavalier à ralentir, à observer et à écouter. À construire une relation basée sur la confiance, la cohérence et le partenariat, pour un cheval qui travaille avec nous, et non contre nous.
Ce qui a changé en 60 ans
Depuis plus de 60 ans que je pratique l'équitation western, beaucoup de choses ont changé : la façon d'aborder le cheval, de travailler, les exigences, nos compétences... On comprend mieux l'animal, on a plus de références avec la science qui fait de plus en plus de recherches, on apprend des choses sur les chevaux qu'on n'aurait pas imaginé il y a quelques dizaines d'années.
Au niveau de la façon de travailler les chevaux, on a beaucoup plus de technique, on comprend mieux comment le cheval travaille, sa dissymétrie naturelle, les compétences que le cheval a. En compétition, s'il n'a pas les compétences pour faire ce qu'on veut faire avec lui, on va le diriger vers un autre type de travail.
Au niveau loisirs, les gens choisissent des chevaux de toutes races, et les bâtissent pour faire ce qu'ils ont envie de faire. Ils ne se contentent plus de partir en balade : ils veulent un cheval sécuritaire, éduqué, qui est capable de prendre le bon pied, qui recule, qui répond à la jambe isolée. Aujourd’hui, les cavaliers qui se contentent simplement de monter à cheval pour partir deux heures au galop sont devenus bien plus rares.
Les gens ont beaucoup plus conscience de l'animal avec lequel ils travaillent. Ils veulent créer un partenariat, avoir une relation. Comme pour tout, il y en a certains qui ne savent pas trop ce que ça veut dire, c'est comme pour l'éducation d'un enfant, ils laissent tout faire à leur cheval et ça devient un problème. Mais quelqu'un qui se fait encadrer par les bonnes personnes et qui travaille pourra établir la relation qu'il recherche.
Un système français qui freine son développement
Ce qui est un peu compliqué dans le système français, c'est que l'équitation western n'est pas considérée comme une équitation en soi. Pour la FFE, c'est uniquement une discipline. C'est compliqué de développer l'équitation western comme elle pourrait l'être parce qu'elle est englobée par la culture classique qui existe en France.
Pour moi, la France (et pas uniquement dans l'équitation), est très axée sur les diplômes plutôt que sur les compétences. Je parle régulièrement avec des enseignants d'école ou d'université, ils sont très conscients que le système bloque énormément de compétences parce que tout est axé sur un diplôme.
Il faut avoir un diplôme pour être compétent alors que pour moi, il faut être compétent, et peut-être que le diplôme pourrait faire partie des compétences. Mais dans la philosophie française, ce système scolaire se répercute même dans l'équitation western, et ça met énormément de freins à une évolution.
Au niveau de l'équitation classique, c'est plus facile parce que ça fait partie de la culture. Je comprends la Fédération qui dit qu'il n'y a pas assez de membres western, mais en réalité il n'y a pas assez de monde parce qu'ils ne font rien pour vraiment la développer. Il y a eu une petite ouverture pour le reining, mais comme le reining ne fait maintenant plus partie du championnat du monde, c'est encore pire : ça a mis de côté toute cette partie de l'équitation western.
En France, l'équitation western n'est reconnue que comme une simple discipline, alors que c'est une équitation à part entière, au même titre que l'équitation classique. On n'a pas ce problème en Amérique du Nord : il est beaucoup plus facile de développer l'équitation et de créer des programmes parce que ça fait partie de la culture, comme le classique. On ne met pas en avant plus l'une que l'autre.
Mais une discipline en plein qui continue à évoluer, parce qu'elle est portée par des passionnés
Je trouve que l'équitation western en France évolue quand même très bien parce que les gens se forment de plus en plus. Ils ont faim d'apprendre et veulent vraiment avoir des outils pour être capables de travailler efficacement avec leurs chevaux, et surtout être juste.
Tous ceux qui enseignent l'équitation western sont des pionniers, ils travaillent fort pour faire connaître le western, et même juste pour passer des niveaux d'enseignements.
Il y a en France énormément de bonnes personnes, de bons enseignants, de gens qui travaillent fort pour faire connaître cette équitation. Et pour moi, c'est vraiment la bataille de David contre Goliath : ils font leur travail, ils font du mieux qu'ils peuvent, et ça se développe doucement.
Je vois vraiment de plus en plus d'intérêt pour l'équitation western : beaucoup de gens quittent le classique, surtout des personnes de plus de 40 ans qui sont tombées, ont eu peur, ou parce que le classique ne correspond plus à ce qu'ils veulent faire. Et ils découvrent l'équitation western, sont enchantés, souvent ils vont s'acheter un cheval...
La France est un marché extraordinaire, quelques millions de personnes peuvent être touchées par l'équitation western. Tout le monde travaille fort pour essayer de développer cette équitation qui mérite sa place en France !
Episode 7 : Le cheval au centre : choix, lecture et relation
Choisir le bon cheval, pour la bonne personne
Le choix d’un cheval commence toujours par l’humain, pas par la discipline.
1. Définir les objectifs et le budget :
- Partenariat, loisir, performance : on ne cherche pas le même cheval.
- Le budget doit être cohérent avec le projet, l’expérience du cavalier et le temps d’accompagnement disponible.
2. L'adéquation morphologique cheval / cavalier :
- La stature, le gabarit et la capacité portante du cheval doivent respecter le cavalier.
- Un cheval inconfortable physiquement ne pourra jamais être disponible mentalement.
3. L’état émotionnel du cheval face à l’humain :
- Surtout pour un cavalier débutant, je privilégie un cheval curieux, volontaire, non inquiet de la présence humaine.
- Lors de la rencontre, je veux voir si le cheval vient vers le cavalier, s’il choisit le contact. C’est ce que j’appelle le début du partenariat.
4. La capacité d’apprentissage avant la performance
- La performance se développe.
- Le mental, la disponibilité et la tolérance à l’erreur sont bien plus importants que le niveau technique initial.
J'ai la conviction qu'on ne construit pas un partenariat sur la peur ou la soumission. On le construit sur un cheval qui accepte l’humain, cherche le contact et peut évoluer sans tension.
Les compétences techniques viendront ensuite, mais sans ce socle émotionnel et relationnel, il n’y a ni plaisir, ni performance durable
Observer pour mieux comprendre
Savoir lire son cheval est primordial, car son attitude nous informe en permanence sur son état physique, mental et émotionnel. Ses postures, son regard, sa respiration et ses tensions nous disent s’il comprend, s’il est à l’aise ou s’il est en difficulté.
Un cheval qui apprend bien est un cheval "disponible et calme". Lorsque nous savons observer ces signaux, nous ajustons notre timing, notre pression et nos attentes.
Mieux lire son cheval, c’est mieux le comprendre… et donc mieux l’aider à apprendre, sans conflit ni contrainte.
La relation avant la liberté
La relation débute dès l’instant où je m’approche de mon cheval : dans la qualité de ma présence, l’éducation que j’installe au quotidien, et tous ces moments partagés simplement pour être ensemble, sans attente de performance.
La liberté ne crée pas la relation, elle la révèle. Elle vient consolider et confirmer une connexion déjà construite sur la confiance, la cohérence et la sécurité émotionnelle.
Le travail en liberté est un moment de vérité : sans contrainte, le cheval choisit de rester, d’écouter, de collaborer. Quand cela fonctionne, c’est le signe que la relation est juste.
Episode 8 : La méthode Lyne Laforme : clarté, confiance et connexion

Une méthode fondée sur la compréhension
Ma mission est de bâtir la confiance entre un cavalier et son cheval.
Pour moi, la confiance ne se crée ni par la répétition aveugle, ni par la contrainte, ni par le temps seul. Elle se construit quand le cheval comprend, se sent en sécurité et peut réussir sans se défendre.
Ma méthode repose sur une progression simple et logique :
- donner d’abord au cheval le contrôle physique (réponses claires à la pression, équilibre, direction),
- installer ensuite la sécurité émotionnelle (prévisibilité, cohérence, absence de conflit),
- et laisser émerger la connexion mentale, celle où le cheval choisit de rester présent et engagé.
La confiance naît quand le cheval suit une demande sans tension, parce qu’il sait quoi faire et qu’il peut relâcher.
Construire un exercice, révéler une connexion
En stage, je rappelle toujours que la connexion n’est pas un exercice en soi, mais le résultat d’un cheval qui comprend, se sent en sécurité et peut se détendre. Peu importe l’exercice que j’utilise, il est conçu pour développer et observer cette connexion.
L’objectif de l’exercice est de créer un dialogue clair entre le cavalier et le cheval en sollicitant simultanément :
- le physique (mobilité des hanches ou des épaules),
- le mental (compréhension de la demande),
- l’émotionnel (calme et absence de défense).
Pour mettre en place l’exercice choisi je recherche :
- une demande simple et progressive, avec une intention claire.
- une pression légère, augmentée seulement si nécessaire.
- et un relâchement instantané dès que le cheval répond, même partiellement.
Ce que j’observe lorsque la connexion est présente :
- le cheval reste avec l’humain,
- le mouvement est fluide,
- la mâchoire et l’encolure se décontractent,
- le rythme est calme et régulier.
- Lorsque la connexion n’est pas encore établie :
- le cheval se fige, accélère ou résiste,
- il perd le focus,
- la tension apparaît dans le corps.
Ces dernières réponses du cheval ne sont pas des fautes, mais des informations. Quand le cheval peut réussir sans se défendre, il choisit de rester présent. C’est là que naît la vraie connexion.
Je voudrais que tous les cavaliers gardent en tête que la connexion ne se crée pas en demandant plus, mais en demandant mieux, avec clarté et cohérence.
Episode 9 : Les clés pour progresser : erreurs fréquentes, matériel et justesse

Les erreurs qui freinent la confiance
Une grande erreur est de vouloir la confiance avant la compréhension. On confond également souvent douceur et flou, patience et absence de cadre.
Parmi les erreurs les plus fréquentes :
- demander trop, trop vite, sans fondations claires,
- corriger le cheval alors qu’il est simplement en insécurité,
- chercher la connexion émotionnelle sans avoir établi le contrôle et la clarté,
- ignorer les signaux de tension en pensant "ça va passer",
- ne pas laisser au cheval le temps d’absorber ce qu’il vient d’exécuter,
- tout enchaîner sans pause et récompense.
La confiance se fragilise chaque fois que le cheval est mis en échec ou incompris.
La confiance n’est pas un objectif à atteindre, c’est la conséquence directe d’un entraînement juste, progressif et cohérent. Quand le cheval peut réussir, il se fait confiance et fait confiance.
Le matériel au service de la compréhension
Il est très important que le matériel soit adapté au cheval et aux objectifs du cavalier. Si une personne choisit un type de selle, de monter en bosal, en licol, en mors de bride, en mors de filets, il faut qu'elle sache pourquoi et quels sont les objectifs qu'elle veut obtenir avec ce choix.
Au niveau de la selle, c'est vraiment important que la selle soit adaptée au cheval, mais également au cavalier : c'est difficile de travailler dans une selle qui est trop petite, ou trop grande. On ne trouve pas notre place, on n'a pas les outils nécessaires pour bien travailler avec le cheval quand on n'a pas une selle adaptée pour nous, et une selle adaptée pour le cheval pour qu'il soit confortable et puisse nous donner le maximum de ce qu'il est capable de faire.
Ce n'est pas moi qui choisis le matériel des stagiaires, mais je m'assure que les gens prennent conscience du choix qu'ils veulent faire, la raison, leurs objectifs à court, moyen et long terme. Et moi je les dirige et je les aide à travailler avec leurs choix. Je vais les aider à être performants, efficaces avec le cheval.v
Episode 10 : Les stages : un enseignement sur mesure, au service du couple cheval / cavalier

Une organisation pensée pour apprendre juste
Je ne m’occupe aucunement de l’organisation des stages. Actuellement, en Europe je fais un stage par an en Belgique, mais tout le reste est sur l'ensemble de la France. Je donne 2 mois de stage (7 stages) au printemps, et 2 mois à l'automne, et je me limite aux endroits où je donne des stages depuis de nombreuses années. Mon circuit est toujours sensiblement le même, mais je passe au printemps en Normandie et en automne en Belgique, près de Liège.
Je n'ajoute pas de stage supplémentaire : 4 mois à l'extérieur de chez moi, c'est déjà beaucoup et très exigeant. De plus, j'ai une Green Card aux États-Unis donc je ne peux être en dehors plus de 6 mois dans l'année : 4 mois sur la route en France, des visites au Québec pour voir ma famille, mes vacances, et des compétitions extérieures, je suis proche de 6 mois ! Mais j'adore donner des stages et rencontrer les gens, ça me stimule, et continuer à enseigner me tient vraiment à cœur.
Les stages font entre 3 et 4 jours avec 9 cavaliers ou cavalières qui y participent à cheval, et des auditeurs. Sur les stages de 4 jours nous faisons 2 x 2 jours, ce qui nous permet d'avoir 18 élèves au lieu de 9. Mais l'organisation est la même que sur un stage de 3 jours.
J'ai pour chaque stage 9 cavaliers que je divise en 3 groupes de 3, parce que je ne crois pas qu'il soit pertinent dans le type d'enseignement que je fais de garder les cavaliers 3h à cheval le matin et 3h à cheval l'après-midi. Ces chevaux ne sont généralement pas habitués à travailler aussi longtemps sur 3 jours, ils risquent d'être épuisés physiquement, mentalement et émotionnellement. Je préfère avoir les élèves pendant 1h dans de meilleures conditions. Les stagiaires s'échauffent un peu avant, et quand ils sont avec moi j'ai 3 personnes.
Même si on essaie de faire des groupes homogènes, avec des objectifs proches, je travaille individuellement. Souvent, si on prend par exemple le pivot sur les postérieurs : un des élèves va être au début de l'apprentissage du pivot, un autre va avoir une bonne base, et le 3ème va déjà être au niveau du spin. Techniquement, les aides sont les mêmes, mais chaque couple cavalier / cheval a son propre niveau, donc je m'ajuste vraiment. C'est comme un cours privé à l'intérieur d'un groupe de 3.
Je donne à chaque élève des objectifs, je le fais travailler sur un exercice pendant qu'un autre peut faire complétement autre chose, mais j'ai toujours un œil sur les 3. Ceux qui me connaissent me disent que j'ai des yeux tout autour de la tête.
Loisir, ranch, e-shows : une pédagogie pour tous
La majorité de mes élèves pratique le loisir ou le ranch.
Depuis que le ranch est devenu populaire, les gens veulent de plus en plus travailler leurs chevaux pour cette discipline. J'ai beaucoup d'élèves qui font des petits "e-shows" : des compétitions à la maison, organisées par des associations ou quelques personnes qui vont créer une petite compétition. Ils envoient la vidéo de leur prestation sur un parcours défini au préalable, et ils sont jugés à distance. Ils reçoivent les jugements avec souvent des petits cadeaux, c'est devenu très populaire.
Mais j'ai également 50 % de ma clientèle qui pratiquent uniquement en loisirs. Ils veulent éduquer leur cheval, avoir un cheval sécuritaire et avoir des objectifs de travail à la maison. Un programme d'entrainement, du travail sur les barres au sol, un peu de trail, des jeux, du travail à pied avec toutes sortes de situations, des challenges... Ils développent une belle complicité à pied avec le cheval, ce qui a automatiquement une répercussion à cheval.
Je peux tout faire, c'est très diversifié. Dans ma vie, j'ai enseigné, j'ai entrainé, j'ai compétitionné à tous les niveaux. La seule chose que je n'ai pas fait, même si j'ai beaucoup d'élèves qui en ont pratiqué, c'est le barrel. Et tout ce qui est travail avec le bétail, ce n'est pas ma spécialité, contrairement à des gens comme Luc Giordano (un de mes anciens élèves qui était venu se former avec moi, et avec qui je travaille encore). Ma spécialité, c'est vraiment la relation avec le cheval que je vais privilégier.
En général, on peut dire que mes stagiaires sont principalement des gens de loisirs qui en même temps peuvent aller vers des petites épreuves de e-show, ou des petites compétitions, par exemple de mountain trail qui est très populaire, je peux aussi les aider à travailler leurs chevaux pour avoir de bons résultats.
Haut niveau de compétition et stages : une équation complexe
Quand on arrive vers la compétition, je vais peaufiner tous les exercices et on va aller vers les objectifs de compétition. Mais mon travail est très large, je peux travailler avec n'importe qui, n'importe quel cheval, dans n'importe quelle situation, par rapport à mon expérience de presque 50 ans d'enseignement, d'entrainement et de compétition.
Comme mon programme est sur un développement à moyen et long terme, les gens qui suivent mes stages ont les mêmes objectifs. Ils veulent prendre le temps, avoir un programme clair et un plan sur l’avenir qui va les aider à entraîner, éduquer leurs chevaux.
Ma clientèle est composée des gens de loisir qui veuillent parfaire leurs connaissances et éventuellement faire des compétitions de ranch, mountain trail ou FFE. Ils veulent s’amuser tout en ayant des challenges pour progresser. L’atmosphère des stages est très conviviale et comme j’ai de l’expérience, je sais comment doser….
Des objectifs adaptés à chaque cavalier
En général, mes stages n'ont pas de thème précis. Quand les gens arrivent, ils me disent leurs objectifs, et à partir de là, j'ai déjà mon plan dans la tête. J'ai juste à les regarder pendant 30 secondes et je sais ce que je vais travailler. A ce moment-là j'adapte mon enseignement selon leur niveau et ce qu'ils recherchent. Par contre, les bases essentielles sont toujours revisitées pour les améliorer, les affiner.
Parfois on va décider qu'un après-midi on fait plutôt du ranch, alors je leur prépare un petit parcours et, à tour de rôle, les 3 groupes vont faire le parcours. On va regarder comment ça s'est passé, quels sont les problèmes au niveau des enchainements, des manœuvres... Parce qu'un parcours, c'est une évaluation, ce n'est jamais une compétition.
J'ai toujours dit à mes élèves que même quand on allait faire une compétition, on allait s'évaluer, voir où on en est dans notre travail par rapport à nous, par rapport au cheval, et aux exigences de la compétition. Et de cette façon-là, on peut progresser et on ne se met pas une pression inutile. Le résultat, c'est uniquement la cerise sur le gâteau.
Dans mes stages, c'est la même chose. Quand je leur fais faire des parcours, je veux qu'ils prennent ça comme un principe d'évaluation pour voir ce qu'on a à travailler et où on doit mettre les forces. C'est ma façon de fonctionner lorsque je donne des stages.
Episode 11 : Performance ou plaisir ? Trouver le bon équilibre

Le plaisir comme point de départ
Le plus important est de passer par le plaisir. Si tu n'as pas de plaisir à faire les choses, ton cheval ne devient qu'un outil de travail. Pour moi, le cheval est plus qu'un outil de travail : c'est un partenaire. Et nous sommes un guide. Nous sommes là pour aider le cheval à devenir une meilleure version de lui-même, et le cheval est là pour nous aider à devenir une meilleure version de nous-même.
C'est un échange donnant-donnant. S'il n'y a pas de plaisir à faire ce qu'on fait, il va y avoir de la frustration, et on ne va vraiment pas être efficace pour aller chercher une belle relation avec le cheval.
La performance comme conséquence
La performance, elle, vient au fur et à mesure des connaissances. Avec le travail, on comprend ce qu'on fait avec le cheval, on développe nos compétences pour ce qu'on sait faire, le cheval le fait de mieux en mieux, on sait sur quelle partie du corps ça travaille sur le cheval, on sait quels objectifs on recherche avec l'exercice... la performance va venir.
Il y a des niveaux de performance : tout le monde ne cherche pas à être le meilleur. A mes élèves, je donne de petits objectifs. Par exemple, quand je les emmène en compétition, le premier objectif peut être de faire un parcours sans erreur, de ne pas avoir de pénalité. C'est déjà important avant de commencer à vouloir performer dans le parcours.
Des objectifs justes pour progresser sans se perdre
Il y a plein de petits objectifs qui font que ta performance s'améliore. Si tu te fixes des objectifs à ton niveau, il n'y a pas de frustration parce que tu sais exactement ce que tu veux obtenir. Si tu ne l'as pas obtenu, si ta performance (que ce soit en compétition, ou même pour un exercice) n'a pas été à la hauteur, on évalue l'exercice, on améliore ce qui doit être amélioré. Parfois, on peut être déçu de sa performance, alors qu'elle est excellente pour le niveau du cheval et du cavalier.
Ensuite, on peut travailler pour obtenir encore plus d'excellence. C'est comme ça que je vois la performance, que ce soit au niveau compétition ou au niveau loisirs. Même avoir juste une belle relation avec le cheval, développer un cheval éduqué, c'est une performance pour moi.
Lors de mes stages, je m'ajuste en fonction du niveau cavalier / cheval. Mais on a souvent des discussions parce que pour moi, la frustration vient souvent du fait que le cavalier a atteint son seuil de compétences et de connaissances. Ce n'est jamais de la faute du cheval qui a ses compétences, ses forces et ses faiblesses, comme nous les humains. Donc on va travailler avec le cheval qu'on a et le niveau de cavalier qu'on a. C'est cela que les gens apprennent à comprendre, et c'est de cette façon que je peux garder le plaisir dans le travail. Si tout est axé uniquement sur la performance, sur la victoire, la perfection, on va être frustré tout le temps, ce n'est pas comme cela que ça peut fonctionner.
En résumé, le plaisir avant tout : quand on a du plaisir, une belle relation avec le cheval, on est capable de développer notre performance.
Episode 12 : Reining et ranch : deux disciplines, une évolution du monde western

Le reining aujourd’hui : une discipline en pleine évolution
La discipline de reining est la plus connue au monde. A l'échelle mondiale, il y a une association de reining presque dans tous les pays. La discipline se développe de plus en plus. En Amérique du Nord, je vois énormément de progression dans la façon d'entrainer les chevaux. Il y a de moins en moins de brutalité, de force, d'entrainement abusif, pour plusieurs raisons.
Les entraineurs sont devenus plus performants et proposent de meilleurs entrainements, adaptés aux chevaux qui se sont également améliorés, parce qu'ils sont faits pour faire du reining (via l'élevage et les croisements, les chevaux de reining se sont améliorés physiquement et mentalement).
Il y a quelques différences dans la philosophie d'entrainement entre l'Amérique du Nord et l'Europe. Le style des chevaux est différent, on cherche des résultats différents. De plus en plus de jeunes entraîneurs européens veulent s’installer aux USA. La transition n’est pas simple, ils doivent travailler très fort, faire leurs preuves pour faire leur place.
Mais il y a parfois des surprises, comme le cavalier français Arnaud Girinon avec le cheval Flexing Guns N Town qui a gagné le Run For A Million en 2025. Le timing était bon, et ce jeune homme est venu avec un très bon cheval et une bonne philosophie d'entrainement. Il a mérité le titre de champion, qui est exceptionnel. C'est extraordinaire pour le marché européen d'avoir eu ce jeune homme. Mais ce n'est pas un chemin facile.
Et gagner une fois est une chose, mais quand on est champion, le plus difficile est de rester en haut. Et être dans la meilleure catégorie, ce n'est pas qu'une question d'entrainement : il est nécessaire d'avoir des chevaux qui nous maintiennent à ce niveau-là. Et d'avoir des soutiens important (investir 300 000 $ n'est pas rare pour aller dans un Futurity ou Derby). C'est une clientèle "select".
Une des raisons du développement important du reining ces dernières années est que la NRHA a été assez intelligente pour développer beaucoup de catégories, il y a plusieurs années. Pour les vrais débutants, les non-pros, de même que 4 niveaux pour les professionnels. Les cavaliers et pros peuvent donc concourir dans une catégorie qui leur est adaptée.
Le reining va continuer à se développer, c'est sûr.

Le ranch : la discipline émergente
Les épreuves de ranch sont LA discipline émergente, développée depuis les 5 dernières années. C'est une discipline incroyable, et qui va toucher une autre catégorie de gens.
Le ranch s'articule autour de 4 épreuves : ranch riding, ranch trail, working rail work et ranch reining. Il existe d’autres épreuves comme le versatility qui combine aussi le travail avec le bétail
Je pense qu'il va rapidement se créer une association pour cette discipline, parce que le marché est extraordinaire : c’est très familial, beaucoup de cavalières et cavaliers plus âgés, une ambiance détendue. Peu importe les disciplines, le niveau amateur est un milieu très féminin, et dans la partie entrainement il y a plus d'hommes.
Certains de ceux qui font du ranch sont des gens de reining qui ont voulu aller vers une autre discipline pour voir autre chose. La catégorie de chevaux est également différente : c'est un très gros marché pour d'anciens chevaux de reining, mais également pour des chevaux de performance des races américaines qui n'étaient pas des champions mais peuvent performer en ranch parce que ça leur correspond plus.
Le ranch va continuer à se développer, pas forcément avec la partie bétail qui touche une autre catégorie. Mais c'est l'avenir.
Episode 13 : Enseigner, bien plus qu'un métier

Les compétences d'un enseignant
Pour débuter dans l'enseignement équestre, il faut déjà beaucoup de détermination, de passion, de patience, et l'envie d'être avec les gens.
il faut être passionné, avoir envie de transmettre, avoir envie de bâtir une relation avec des gens et leurs chevaux, et surtout ne pas cesser de se former. Même si on a un diplôme, on a toujours besoin d'avoir un œil extérieur qui nous aide à avancer et à progresser, autant en étant cavalier qu'enseignant.
Transmettre, comprendre… et continuer d’apprendre
Un enseignant doit aimer les gens et aimer transmettre ses connaissances, vouloir voir la personne évoluer. Mais en même temps, il doit continuer à travailler comme entraineur. Je pense qu'il est important de savoir comment le cheval apprend pour pouvoir ensuite bien le transmettre. Je vois beaucoup d'enseignants qui ne sont que des enseignants et ne montent pas à cheval, je pense qu'ils se limitent énormément dans leur qualité d'enseignant.
Ils perdent la partie "essence" du cheval, ils deviennent des enseignants un peu robot. Ils ont un programme, ils enseignent aux gens, mais il leur manque l'habitude de monter les chevaux qui permet tout ce qui est "feeling, ressentir, voir". Quand on monte régulièrement, ça change la dynamique au niveau de l'enseignant.
Développer son activité
Pour commencer dans ce domaine équestre, il faut également être un peu businessman. Les gens ne viendront pas cogner à ta porte. Il faut se faire connaître, développer des compétences numériques sur les réseaux pour développer un groupe de gens autour de chez soi, apprendre à aller voir les gens pour présenter son programme, ce qu'on fait. C'est indispensable, et c'est ce que je conseille à ceux qui enseignent l'équitation western.
Quand j'ai commencé, les gens ne venaient pas chez nous spontanément. C'est moi qui cognais à leur porte. Quelques exemples :
A mes débuts, j'étais allée voir des personnes de plus de 50 ans qui se regroupaient pour jouer aux cartes et faire des activités ensemble, un réseau social où ils se rencontraient pour échanger. J'ai eu un contact, je suis allée les rencontrer, et leur ai demandé si je pouvais leur présenter mon programme. Ils m'ont écouté, et je leur ai proposé de venir chez moi. Je les ai fait monter à cheval 5 minutes, avec un café. Puis je leur ai proposé de venir quelques heures dans la semaine dans ma structure pour prendre le café et faire un peu de travail à cheval. J'avais divisé l'activité en groupes de 4 personnes : 2 à cheval et 2 à pied, et on tournait toutes les 15 minutes. J'étais allée chercher une clientèle de jour que je n'aurais jamais eu si je n'avais pas fait ça.
C'est cela que j'essaie d'expliquer aux enseignants quand je les rencontre : les enfants c'est déjà un beau marché, mais tout le monde n'aime pas enseigner aux enfants. Les baby-boomers, qui ont de l'argent, du temps, n'ont plus d'enfants à charge, sont également une clientèle "select". L'équitation western est parfaite pour eux : la selle est confortable, sécuritaire, nos chevaux sont plus petits... Certains à qui j'en ai parlé ont commencé à développer cette clientèle d'un certain âge qui est une clientèle en or.
Un autre exemple, à l'époque, un jour je suis allée à l'école vétérinaire qui était à côté de chez nous. J'ai distribué aux élèves (futurs vétérinaires) des publicités pour ma structure. Très souvent, ils n'avaient jamais approché un cheval de près. Quand ils prenaient ma feuille, je commençais à discuter avec eux. Si ça les intéressait, je leur faisais une proposition : s'ils m'amenaient 4 personnes, ils avaient droit à 10 cours gratuits. Et ces 4 personnes, ils les cherchaient ! J'ai bâti une grosse clientèle avec les gens de l'école vétérinaire, et ça fonctionnait bien.
Et c'est la même chose à la ferme de la Vieille Route où j'enseigne depuis 25 ans : ils sont allés dans des écoles, ont récupéré des élèves et ont organisé des cours et ensuite des randonnées d’une journée. Lors des cours, les cavaliers sont devenus de plus en plus solides. Ils ont bâti une clientèle avec facs et ça fonctionnait très bien, alors qu'il y avait une heure de route pour venir à leur cours.
Au final, pour moi l'entreprise se divise en 2 points : la compétence et ton envie de développer ton entreprise.
Episode 14 : Transmettre autrement : du terrain au digital

La digitalisation au service de la transmission
La digitalisation et les réseaux sociaux aident énormément à toucher plus de personnes que quand on est en présentiel. Quand on communique avec les gens, qu'on a des membres, des abonnés, qu'on travaille avec tout ce qu'on a aujourd'hui sur le marché, c'est incroyable ! Après, comme tout système, il y a du bon et du mauvais. Mais je préfère continuer à l'utiliser dans la partie positive, je l'utilise pour développer la connaissance des gens.
J'ai un blog qui parle énormément du partenariat avec le cheval, pas vraiment axé sur des techniques d'entrainement, mais plutôt sur "qui est le cheval". Ça fonctionne très bien, les gens sont très contents. En tant qu'enseignant western, on ne peut pas passer à côté, il faut savoir utiliser les réseaux pour se faire connaître, faire connaître nos produits, ce qu'on fait, les compétitions, etc. C'est l'avenir, si on passe à côté, on recule. C'est là et ça va rester, il faut savoir bien l'utiliser.
Il y aura toujours des gens qui ont leur point de vue sur tout et aucune compétence. J'ai certains commentaires qui ne méritent pas d'être lus, et dans ce cas-là tout simplement je les enlève. Je n'ai pas à convaincre qui que ce soit, ils ne sont pas là pour ça, ils sont seulement là pour semer la discorde. On garde un esprit positif, on peut discuter, aucun problème à ne pas être d'accord, chacun peut avoir son avis, mais quand les gens utilisent les réseaux pour être méchants, c'est autre chose.
Ça fait 15 ans que je me forme pour être entrepreneur ("infopreneur") donc je travaille beaucoup sur Internet, et comme je vieillis, ça me permet de faire beaucoup de choses en étant chez moi.

L'accompagnement à distance
J'ai remarqué que les gens achetaient mes formations et certains cessaient de progresser. J'ai posé des questions, et je me suis aperçu que quand ils arrivaient face à un problème, il n'y avait personne pour les aider, pour débloquer le problème. Et c'est là que l'idée m'est venue d'aider les gens directement avec mon programme d'accompagnement.
J'ai lancé en aout 2025, après beaucoup de préparation, mon programme d'accompagnement "Coeur à crins, le vrai déclic". C'est gratuit pendant 5 jours : les cavaliers viennent en ligne sur Zoom et on discute, je leur parle de mon programme, ma philosophie, ma façon de voir les choses, ils me posent des questions. Et au bout de ces 5 jours, ils prennent la décision ou non de se faire accompagner. Je prends maximum 20 cavaliers / cavalières par session.
Avec eux, c'est un accompagnement personnalisé : je travaille avec chaque personne ses objectifs, comme quand je suis en présentiel. Ils m'envoient leurs vidéos, je les analyse, je réponds dans les 24h. Je préfère avoir moins de personnes mais que ce soit mon accompagnement parce que je me fais plaisir, c'est ma passion d'aider les gens, et avec ça je peux le faire d'une autre façon : les stages c'est bien, mais être capable d'aider les gens partout dans le monde avec ce système d'accompagnement, c'est vraiment génial. Et ça fonctionne pour quasiment tout le monde.
Il y aura toujours quelques personnes pour lesquelles ça ne sera pas la bonne façon d'apprendre parce qu'ils ont besoin de quelqu'un en présentiel, il faut se filmer donc il faut de la rigueur et prendre le temps d'envoyer les vidéos, ça demande une discipline. Mais à la fin, les résultats que j'ai eu sont incroyables : les gens ont vraiment amélioré leurs compétences, leur compréhension, la relation...

Un suivi personnalisé, partout dans le monde
De mon premier groupe, j'en ai les 2/3 qui continuent dans le suivant donc je vois le vrai besoin des gens de se faire accompagner. Ils sont seuls, dans leur écurie, entourés de gens classiques, ils vont faire quelques stages mais quand ils reviennent ils sont encore seuls... L'accompagnement que j'ai créé leur permet de me poser des questions tous les jours, m'envoyer des vidéos, et je les aide à progresser.
Le travail en ligne est un gros plus parce que ça ne limite plus la quantité par rapport à l'espace et au temps. C'est pour cela que je suis très positive par rapport à tout ça, quand c'est fait correctement.
Episode 15 : Construire et partager

S’entourer pour aller plus loin
J'ai 3 collaborateurs en France et Belgique : une avec qui je collabore pour mes licols et mes longes :Esprit du cheval, et l'autre pour mes casquettes :Belatte. Je cherchais des gens qui étaient prêts à travailler et bâtir quelque chose avec moi. Je suis en train de travailler pour faire la même chose au Québec pour les produits que je veux mettre en place.
J’ai aussi une collaboration avec Western Apparel, une boutique en ligne française avec qui j’analyse différents produits pour ensuite les suggérer aux gens.
J'ai également une collaboration pour les formations (la création de formations en ligne) avec Anne Bednarek, de Belgique, avec qui j'ai mis en place un travail de partenariat et de collaboration pour développer des petites formations à pied.

Et finalement, j'ai également 7 autres collaborateurs : ceux qui m'organisent les stages deux fois par an depuis des années, c'est aussi de la collaboration, du partenariat. Et ils me sont fidèles. Ça me permet de venir régulièrement en France et en Belgique et de pouvoir enseigner, et pour eux, cela leur permet de continuer à se former, évoluer, et créer une énergie dans leur centre équestre.
Livres, vidéos et formations
Mon "Manuel de l'équitation western : Un plaisir partagé", sorti en 2011, est un best-seller en équitation western. C'est un livre intemporel et qui aide encore énormément les cavaliers et les enseignants grâce à la façon dont j'ai structuré le livre.
J'ai également un autre livre que je conseille : "galops western 1 à 4", aux éditions Lavauzelle. Il a été écrit par 4 enseignants : Babeth Tréhin, Arnaud Péroux, Luc Giordano et François Guyot. Ils sont en préparation pour les galops suivants. C'est vraiment un livre extrêmement intéressant que tous les cavaliers western devraient avoir.
Au niveau des vidéos, j'ai 5 formations en ligne (2 à pied et 3 à cheval) disponibles sur mon site Internet, sans compter l'accompagnement personnalisé à distance que j'ai mis en place récemment et qui donne droit à une formation plus substantielle sur tout l'entrainement du cheval, à pied et en selle.
J'ai également un ebook que je donne gratuitement (disponible sur mon site Internet), sur "Le partenariat bienveillant : Comment l'établir avec son cheval".
Pour finir, j'ai une chaine YouTube où les gens peuvent aller voir mes vidéos, jeter un coup d'œil, comprendre ma philosophie d'entrainement, ma façon de travailler, et mon point de vue sur la relation avec le cheval.
C'est sur tout cela que je me base, je mets toute mon énergie pour continuer à développer ces solutions et avoir des produits qui sont vraiment adaptés en fonction des besoins des gens.
Les projets à venir
Je n'arrête jamais (on m'appelle la tornade ! ). Pour moi, la vie c'est des projets. Et j'en ai tout le temps qui sont là.
Le plus gros de mes projets, c'est mes accompagnements : ils demandent énormément de temps et de travail, mais en parallèle je crée la formation à laquelle mes élèves vont avoir accès pour la vie, avec toute ma philosophie d'entrainement, mes programmes, mes exercices, etc. J'alimente cette formation-là régulièrement.
Je suis aussi en train de créer une formation sur les longues rênes en collaboration avec Anne Bednarek.
Et je développe mes produits : les licols et longes, les casquettes... Parce que j'ai une demande, certaines personnes veulent avoir quelque chose signé Lyne Laforme, alors c'est ce que je fais.
Et je pense à un livre qui serait axé un peu plus sur les disciplines de ranch. Mais peut-être qu'à la place d'un livre, je créerai une formation sur le ranch. Je trouve que c'est plus facile de parler avec des vidéos, de pouvoir montrer les choses, plutôt que juste les écrire. Pour moi, les formations en ligne c'est l'avenir. Et ce que je fais avec l'accompagnement personnalisé, c'est vraiment mon avenir à moi.
Je veux continuer mes stages. A 70 ans, les gens ont peur que je prenne ma retraite. Mais je leur dis que je ne peux pas prendre de retraite : je n'ai jamais travaillé de ma vie, j'ai toujours fait ce que j'aimais, j'ai toujours choisi le chemin que je voulais suivre, j'ai toujours travaillé avec les chevaux, je n'ai jamais pensé mon travail en fonction d'une éventuelle retraite !
Plus longtemps je pourrai continuer à aider les gens, mieux je serai. Je ne me vois pas à rester chez moi à ne rien faire.
Je continue à juger des compétitions de reining, mais la seule chose que j'ai arrêté, c'est ma carte de juge Quarter Horse. Ça ne correspondait plus à mes objectifs plus axés sur le ranch, et je n'avais vraiment plus de place pour ça dans mon temps et dans mon envie.
Continuer à créer, évoluer, transmettre
Au final, mes projets : continuer à développer ma formation d'accompagnement et accompagner le plus de gens possible. Pour les 10 prochaines années !
Episode 16 : Un message au monde équestre

L’équitation western de demain se construit aujourd’hui
Continuez à vivre votre passion. Continuez à être impliqués dans le développement de l'équitation western. Et être impliqué ne veut pas dire défendre, parce que plus on se met en système de défense, plus on a de l'offensif en face.
Faites ce que vous aimez, faites le bien, continuez à apprendre, à vous développer, vous former, cherchez à mieux comprendre le cheval, avec de bonnes lectures sur toutes les recherches actuelles, la science qui se développe de plus en plus sur le cheval, lisez des bons articles qui sont positifs pour aider à une meilleure compréhension de l'animal, pour être le meilleur partenaire possible pour le cheval
En bref, soyez le meilleur partenaire pour votre cheval. Ça passe par beaucoup d'apprentissages, de compréhension, chercher à savoir comment le cheval apprend et pourquoi on fait les choses. C'est mon message.
Conclusion EWF
Après cette série consacrée à Lyne Laforme, il me semblait important de terminer par un mot simple... merci.
Merci à Lyne pour le temps accordé, pour la richesse de ses réponses, pour la précision de ses souvenirs, mais aussi pour la bienveillance qui ressort à chaque échange.
À travers ces épisodes, elle ne nous a pas seulement partagé un parcours exceptionnel. Elle nous a aussi transmis une vision du cheval, de l’enseignement et de l’équitation western profondément cohérente, fondée sur la compréhension, la justesse et le partenariat.
À titre personnel, cette série a eu une saveur particulière. Comme beaucoup, je connaissais son nom depuis longtemps, et son manuel fait partie de ceux qui m’accompagnent depuis longtemps. Pouvoir découvrir plus en profondeur son histoire, sa philosophie et son regard a été un vrai plaisir.
Merci également à toutes celles et ceux qui sont allés au bout de cet article ! J'espère que ça vous aura plu... et appris !
Et surtout… merci à Lyne Laforme pour tout ce qu’elle continue à transmettre au monde équestre.